Que reste-t-il de ce souffle de liberté clamé par les militants pro-démocratie à Hongkong ? Si 2019 a été marquée par des manifestations monstres de la jeunesse hongkongaise pour défendre sa liberté et l'autonomie de l'ancienne colonie britannique menacée par la main de Pékin, 2020 a mis un coup de canif dans cet élan revendicateur. Et la loi sur la sécurité nationale a fini d'étouffer l'opposition.

Résultat, en 2021, pour la première fois depuis la répression sanglante de Tiananmen de 1989, la commémoration de l'anniversaire n'a pas pu être honorée dans le parc Victoria, à Hongkong. Les policiers ont placé des barrières autour du lieu et mis en garde contre tout rassemblement, empêchant la veillée aux chandelles qui y était habituellement organisée. Une image plus que symbolique, qui en dit long sur les ambitions de la Chine par rapport à Hongkong, et sur "le tour de vis opéré contre toute forme d'opposition", note auprès de L'Express Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School et spécialisé sur le monde chinois et l'Asie.

L'Express : L'image de ce parc Victoria vide pour la première fois en 32 ans, en quoi est-ce plus que symbolique ?

Philippe Le Corre : C'est déjà particulièrement symbolique car le parc Victoria était, sur le territoire chinois, le seul endroit où était commémoré le massacre de Tiananmen, qui s'est produit à Pékin le 4 juin 1989. Cette année, il a été complètement bouclé. Sous couvert de la crise sanitaire, la Chine impose à Hongkong des restrictions qui posent la question de l'autonomie politique et judiciaire de l'ancienne colonie décidée - pour une durée de cinquante ans - en 1984 à travers la déclaration sino-britannique. Quand des militants sont emprisonnés, c'est que les juges obtempèrent. L'indépendance du système judiciaire est donc devenue un mythe.

Le mouvement pro-démocratie a-t-il été écrasé par la répression ?

Du fait de la loi sécurité nationale [vivement critiquée par les démocraties occidentales lors de son adoption, NDLR], décidée par le pouvoir chinois, il y a eu un énorme tour de vis contre toute forme d'opposition. Pékin veut stopper les revendications de démocratie, avec notamment des arrestations préventives. Vendredi encore, une militante de l'opposition, l'avocate et vice-présidente d'Alliance Hong Kong [en soutien des mouvements démocratiques et patriotiques de Chine] Chow Hang Tung a été arrêtée par précaution.

D'autant que les figures de l'opposition sont toutes en exil ou en prison, comme le patron du tabloïd Apple Daily, Jimmy Lai, [condamné à 14 mois de prison] ou encore le président d'Alliance et ex-député Lee Cheuk-yan. Par ailleurs les médias sociaux sont en grande partie contrôlés et l'Église catholique est dans le collimateur du régime...

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Aujourd'hui, je ne vois pas très bien comment le mouvement peut faire pour renaître de ses cendres, car la Chine ne cédera jamais. Si les gens n'ont pas abandonné le sentiment d'autonomie, ils ne sont pas fous, ils ne veulent pas aller en prison. Mais la société civile existe toujours, la Chine n'a pas complètement annihilé le sentiment d'autonomie des Hongkongais. Pour commémorer les événements de Tiananmen, des bougies ont été allumées à certaines fenêtres et des services religieux ont été organisés dans certaines églises. Mais l'opposition se fait beaucoup plus discrète.

Quelle a été l'efficacité des sanctions prises par les les Etats-Unis à l'encontre du gouvernement de Hong Kong, donc de la Chine ?

Les Etats-Unis ont été bien plus offensifs que l'Union européenne lorsque la loi sur la sécurité nationale a été adoptée et ont émis des sanctions contre certaines personnalités chinoises et sur certains biens. Mais ça ne change rien dans les faits, le gouvernement chinois s'en fiche, ce n'est pas suffisant pour faire bouger Pékin.