"Cacher ses talents et attendre son heure", telle était la maxime de Deng Xiaoping [1978-1989] en politique étrangère. Avec l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, fin 2012, la Chine a tourné la page du "profil bas" édicté par l'ancien dirigeant, après l'ère Mao Zedong. Alors que la rivalité sino-américaine ne cesse de s'intensifier, l'actuel n°1 chinois n'hésite pas à menacer ceux qui s'opposent au "grand renouveau" de son pays. "Le peuple chinois ne permettra jamais à aucune force étrangère de nous intimider, de nous opprimer ou de nous réduire en esclavage. Quiconque ose essayer de le faire aura la tête fracassée en sang contre une Grande Muraille d'acier forgée par plus de 1,4 milliard de Chinois", déclarait-il en juillet 2021, pour le centenaire du Parti communiste chinois.

Sous l'impulsion de Xi Jinping, la diplomatie chinoise a pris confiance en elle. Au lendemain de la mort de Mao, qui avait laissé le pays exsangue après la Révolution culturelle (1966-1976), la Chine, obnubilée par sa sortie de la pauvreté, cherchait à attirer les capitaux étrangers. Quarante ans plus tard, le deuxième PIB mondial considère à présent que son influence géopolitique doit refléter son poids économique.

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"Le président est persuadé que les Occidentaux cherchent à freiner l'essor de la Chine. Dans ce contexte, faire des concessions ne ferait, selon lui, qu'encourager l'Ouest a devenir plus agressif. Il pense donc que le moment est venu pour Pékin de se battre pour défendre ses intérêts", souligne le chercheur chinois Zhao Tong, du Carnegie Endowment for International Peace. D'où, aussi, une affirmation plus forte de ses positions et de son idéologie politique.

Multiplication des provocations

Suivant ce précepte, toute une génération de diplomates décomplexés, les fameux "loups combattants", multiplient les diatribes contre l'Occident. "Pour les Etats-Unis, il n'y a pas de diplomatie, mais que de la coercition" ou "Sur la crise ukrainienne, les Etats-Unis ont trompé tout le monde", tweetait par exemple ce mois-ci Zhao Lijian, porte-parole du gouvernement chinois.

Cette offensive diplomatique planétaire, couplée à des investissements colossaux dans des infrastructures étrangères et à un renforcement de sa présence militaire en Asie Pacifique, a permis à la Chine d'imposer un rapport de force aux Etats-Unis et d'accroître son emprise sur nombre de pays. Revers de la médaille, l'Occident, longtemps bien disposé, a pris la mesure de la menace. Côté américain, le Sénat, désignant la Chine comme son "plus grand défi géopolitique et géoéconomique" a approuvé l'an dernier un plan de 250 milliards de dollars visant à contrer Pékin ; tandis que Joe Biden s'active pour fédérer un front occidental. Quant à l'Union européenne, elle considère désormais la Chine comme un "rival systémique", dont il faut se protéger. Malgré ce retour de flamme, Xi Jinping ne semble pas près de calmer le jeu.

Retrouvez tous les épisodes de notre série ici :

EPISODE 1 -Chine : la dangereuse obsession de la politique "zéro Covid"

EPISODE 2 -Chine : une économie minée par la dette, le pari raté de Xi Jinping

EPISODE 3 -Moins de TikTok, plus de quantique : en Chine, un secteur de la Tech sous contrôle

EPISODE 5 - Comment l'image de la Chine n'a cessé de se ternir

EPISODE 6 - Taïwan : pourquoi la stratégie de la Chine risque de se retourner contre elle

EPISODE 7 -Le double discours "écolo" de Xi Jinping