A l'approche du XXe congrès du Parti communiste chinois, qui doit accorder à Xi Jinping un troisième mandat historique, le couvercle sanitaire qui pèse sur Pékin est plus lourd que jamais. Les habitants sont toujours contraints de se soumettre à un test PCR tous les deux ou trois jours. Et les autorités leur ont envoyé des messages sur leur téléphone portable leur "déconseillant" de quitter la capitale pendant la golden week, la semaine de congé qui démarre le 1er octobre, jour de la fête nationale. Les écoles ont prévenu les parents : ceux qui franchissent le pas verront leurs enfants interdits de cours à leur retour. Et encore, si on les laisse revenir...

Plus de deux ans et demi après le début de la pandémie, alors qu'une bonne partie de la planète a retrouvé une vie normale, la Chine est le seul grand pays à appliquer obstinément et jusqu'à l'absurde la politique "zéro Covid", qui consiste à éliminer les moindres débuts de foyer. Quitte à réduire drastiquement les liaisons aériennes avec l'international, à confiner des villes entières - comme Shanghai, paralysée pendant plus de deux mois au printemps dernier -, ou à bloquer des dizaines de milliers de voyageurs sur l'île tropicale de Hainan cet été.

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La Chine, qui a proclamé très tôt sa "victoire" contre le Covid-19 grâce à la supériorité supposée de son modèle politique, vante le faible nombre de morts sur son territoire. A peine plus de 15 000 officiellement, contre plus d'un million aux Etats-Unis. Même si les chiffres sont probablement sous-estimés, l'empire du Milieu a indéniablement fait mieux que l'Occident dans ce domaine.

Le défi de cohabiter avec le virus

Mais à quel prix ! L'économie chinoise a payé un très lourd tribut au "zéro Covid". Le PIB n'a pratiquement pas progressé au deuxième trimestre, en raison des perturbations dans le commerce, l'industrie ou le tourisme ; le chômage grimpe, tout comme le mécontentement (même s'il reste plutôt discret). Sans compter la facture exorbitante des armées de "cosmonautes" - les Da Bai, ou "géants blancs" - chargés de pratiquer les tests et d'assurer la police sanitaire.

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Tout le pays fonctionne par à-coups, avec en permanence le risque de l'isolement. Xiao, un coiffeur de Pékin, en a fait la désagréable expérience. Après avoir rendu visite à sa famille en province, il a eu la surprise, cinq jours après son retour, d'entendre tambouriner à sa porte en pleine nuit. Il a été embarqué avec sa femme et son fils de 4 ans dans un centre de quarantaine pendant une semaine, au motif que des cas avaient été détectés dans son village. Il a aussi dû s'acquitter de l'équivalent de 900 euros pour la désinfection de son salon de coiffure. Déjà, avant l'été, il avait dû fermer plusieurs semaines en raison d'une alerte au Covid à Pékin (quelques dizaines de cas seulement).

Quelques rares voix locales appellent le pouvoir à apprendre à cohabiter avec le virus. Fin août, le centre de recherche Anbound, un think tank chinois, a osé affirmer que "prévenir le risque de blocage économique devrait être la tâche prioritaire" du Parti communiste. Posté sur les réseaux sociaux, le rapport a rapidement été retiré. Pas question de critiquer les directives de Xi Jinping. Le régime fait valoir que les hôpitaux chinois seraient rapidement débordés si le virus circulait. "Ils savent que les vaccins chinois ne sont pas aussi efficaces que certains vaccins occidentaux à ARN messager, surtout contre les derniers variants, souligne Zhao Tong, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace. Mais ils ne peuvent pas non plus se permettre de dépendre de produits étrangers, car cela menacerait, selon eux, la sécurité nationale." Et remettrait en cause la propagande... qui ne cesse de moquer le déclin de l'Occident.

Retrouvez tous les épisodes de notre série ici :

EPISODE 2 -Chine : une économie minée par la dette, le pari raté de Xi Jinping

EPISODE 3 -Moins de TikTok, plus de quantique : en Chine, un secteur de la Tech sous contrôle

EPISODE 4 - Xi Jinping, une diplomatie agressive qui a soudé l'Occident

EPISODE 5 - Comment l'image de la Chine n'a cessé de se ternir

EPISODE 6 - Taïwan : pourquoi la stratégie de la Chine risque de se retourner contre elle

EPISODE 7 -Le double discours "écolo" de Xi Jinping