Rarement le contraste aura été aussi fort entre l'image que la Chine se fait d'elle-même et celle perçue par le reste du monde. En amont du XXe Congrès du Parti communiste chinois, une exposition monumentale, intitulée "aller de l'avant dans la nouvelle ère", vante les exploits du président chinois depuis son arrivée au pouvoir. Lors de l'inauguration, le "camarade" Xi Jinping, en vareuse bleu marine, a affirmé que le Parti communiste était parvenu depuis dix ans à "surmonter de nombreux problèmes difficiles non résolus depuis longtemps" et à "accomplir des tâches colossales". Des louanges reprises en choeur par la presse officielle.

Nul ne sait ce que pense exactement la population chinoise, tant le contrôle social et la peur du régime règnent. Mais à l'extérieur du pays, les sondages sont formels : la réputation de la Chine n'a cessé de se ternir depuis l'avènement de "l'empereur rouge". C'est surtout vrai dans les pays développés, où les taux de rejet sont au plus haut dans la plupart des pays étudiés. Selon la dernière étude du centre de recherche Pew, datant de juin, 82% des Américains ont une opinion négative de la Chine - un record historique - , contre 52% en 2012. La défiance atteint 68% en France ; 80% en Corée du Sud et même 87% au Japon.

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En tête des préoccupations, les atteintes aux droits de l'homme, qui ont changé de dimension sous Xi Jinping : répression massive des Ouïgours et d'autres minorités musulmanes dans le Xinjiang, étouffement des libertés à Hongkong. Les discours outranciers des diplomates chinois n'ont rien arrangé, pas plus que le jusqu'au-boutisme de la politique du zéro Covid ou les menaces militaires grandissantes contre les voisins de la Chine, en particulier Taïwan. Le fait que Pékin continue à défendre son partenariat avec la Russie, malgré son agression contre l'Ukraine, a encore entamé un peu plus son crédit dans les opinions publiques occidentales.

Reste que la Chine n'est pas pour autant isolée, à en croire le nombre de pays qui la soutiennent à l'ONU. Jeudi 6 octobre, le Conseil des droits de l'homme a ainsi rejeté une motion présentée par les pays occidentaux visant à organiser un débat sur la situation dans le Xinjiang, alors même qu'un rapport de cette instance a conclu à la possibilité de "crimes contre l'humanité" dans cette région chinoise. Sur 47 membres, 19 ont voté contre (comme la Bolivie, le Cameroun, la Côté d'Ivoire ou le Gabon) et 11 se sont abstenus, dont l'Inde et le Brésil.

A l'échelle de la planète, les autocrates se savent soutenus par un régime communiste qui ne leur fait pas la leçon. Et "nombre de leaders de pays du Sud voient plutôt favorablement la Chine ou sont peu susceptibles de la critiquer ouvertement car ils ne perdent pas de vue les avantages matériels qu'ils peuvent obtenir d'elle", rappelle le chercheur chinois Zhao Tong. En Afrique, le jugement reste aussi largement positif au sein de la population, même si le piège de la dette en inquiète certains.

Retrouvez tous les épisodes de notre série ici :

EPISODE 1 -Chine : la dangereuse obsession de la politique "zéro Covid"

EPISODE 2 -Chine : une économie minée par la dette, le pari raté de Xi Jinping

EPISODE 3 -Moins de TikTok, plus de quantique : en Chine, un secteur de la Tech sous contrôle

EPISODE 4 -Chine : Xi Jinping, une diplomatie agressive qui a soudé l'Occident

EPISODE 6 - Taïwan : pourquoi la stratégie de la Chine risque de se retourner contre elle

EPISODE 7 -Le double discours "écolo" de Xi Jinping