"Que ce soit à Hongkong, à Moscou ou à Minsk : l'Europe doit prendre position clairement et rapidement", martelait Ursula von der Leyen, dans son discours de l'Etat de l'Union. Deux mois plus tard, la présidente de la commission européenne paraît avoir déjà oublié ses promesses, alors que 120 000 réfugiés arméniens ont dû fuir leurs villages du Haut-Karabakh pour échapper à l'offensive militaire déclenchée par l'Azerbaïdjan avec l'aide de la Turquie le 27 septembre.

Six semaines de combats et de bombardements conclus par un cessez-le-feu, dicté le 9 novembre par Vladimir Poutine au Premier ministre arménien Nikol Pachinian. "Je ne suis pas d'accord avec cet accord de cessez-le-feu", a confié deux jours plus tard Emmanuel Macron aux représentants de la communauté arménienne. Mais la France, sur le point d'envoyer un avion-cargo d'aide humanitaire à Erevan, aura bien du mal à convaincre les deux autres coprésidents du groupe de Minsk - Russie et Etats-Unis - de renégocier un nouveau texte.

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Washington semble plus intéressé par le décompte de voix dans les urnes de Géorgie ou de Pennsylvanie que par la cause arménienne, tandis que Moscou se satisfait d'un accord qui signe la capitulation de l'Arménie et la domination de la Russie dans la région, même si celle-ci doit compter avec la forte implication de la Turquie.

Quant à l'Union européenne, elle a brillé par son absence. Rien, sinon des communiqués sibyllins. Encore moins de sanctions à l'égard de l'Azerbaïdjan, ou de reconnaissance de la république d'Artsakh (Haut-Karabakh), comme le réclament les Arméniens. Les intérêts économiques ont sans aucun doute parlé : pour des raisons de pétrole et de gaz, on ne se fâche pas avec Bakou... Un silence qui rappelle cette sentence de Paul Valéry : "L'Europe n'a pas la politique de sa pensée." Mais au fait, que pense l'Europe ?