La liberté de la presse est en péril à Hongkong. Quand ce ne sont pas les autorités qui forcent la fermeture de certains médias pro-démocratie, les médias eux-mêmes décident de cesser leurs activités par peur de représailles. Ces fermetures sont inquiétantes pour le territoire mais s'inscrivent dans une répression acharnée de Pékin depuis deux ans contre les militants pro-démocratie.
L'ex-colonie britannique a longtemps été considérée, du fait de sa grande autonomie vis-à-vis de Pékin, comme un bastion de la liberté de la presse en Asie et de nombreux médias internationaux y avaient établi leurs sièges régionaux. Mais le climat pour la presse s'est considérablement dégradé avec la reprise en main musclée qui a suivi la mobilisation populaire de 2019. Une loi draconienne sur la sécurité nationale, imposée par Pékin en 2020, est devenue le principal instrument de répression contre la dissidence.
Fermeture sous pression pour CitizenNews
La dernière fermeture en date est celle du site d'information CitizenNews, dont les journalistes ont annoncé la cessation de toute activité dimanche, par crainte pour leur sécurité, précisant que le site Internet ne serait plus mis à jour à compter de lundi soir minuit. CitizenNews, un site d'information non partisan fondé en 2017 par un groupe de journalistes chevronnés et financé par ses lecteurs, est l'un des organes d'information en ligne les plus populaires de Hongkong, avec plus de 800 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Il a annoncé sa fermeture dimanche.
A l'occasion de cette dernière journée, les journalistes ont expliqué que leur décision a pour origine le raid effectué la semaine précédente au sein de Stand News. "Nous avons fait de notre mieux pour ne violer aucune loi, mais il est difficile de connaître les contours d'application de la loi et nous ne pouvons plus nous sentir en sécurité pour travailler", a déclaré aux journalistes Chris Yeung, cofondateur de CitizenNews et ancien président de l'Association des journalistes de Hongkong (HKJA).
"Les journalistes sont aussi des êtres humains qui ont des familles et des amis", a-t-il ajouté. Chris Yeung a déclaré que sa rédaction n'avait pas été contactée par les forces de l'ordre, mais qu'elle a décidé de fermer en raison de ce qui s'est produit au sein des autres médias. "Pouvons-nous travailler sur des 'nouvelles sûres' ? Je ne sais même pas ce qu'est une 'information sûre'", a déclaré la rédactrice en chef Daisy Li, également ancienne présidente de la HKJA, à la presse. Au moment où ces journalistes s'exprimaient, les nouveaux membres du Conseil législatif hongkongais réservé aux "patriotes" prêtaient un serment de loyauté.
Raid à Stand News
Cette fermeture intervient donc moins d'une semaine après celle du site d'information pro-démocratie Stand News qui a été visé par des perquisitions et sept arrestations pour "publication séditieuse", le dernier exemple en date de la répression exercée sur la presse locale par les autorités fidèles à Pékin. Parmi les arrestations, son rédacteur en chef Patrick Lam et son prédécesseur Chung Pui-kuen, depuis inculpés pour "conspiration en vue de réaliser une publication séditieuse".
La semaine dernière, 89 des 90 législateurs ont publié un communiqué soutenant le raid de la police chargée de la sécurité nationale au sein de Stand News.
Le quotidien nationaliste Global Times a salué lundi la fermeture de CitizenNews. "Comme Stand News, il publiait également des articles critiquant sévèrement le gouvernement central et le Parti communiste chinois", écrit le journal.
Arrestations chez
En juin, c'est le journal pro-démocratie Apple Daily qui a fermé après le gel de ses actifs et l'arrestation de ses dirigeants.
A quelques exceptions près, les médias locaux se plient de plus en plus à la ligne officielle, tandis que l'exécutif a fait du radiodiffuseur de service public RTHK un organe proche des médias officiels chinois qui sont soumis à une étroite censure.
Au cours du week-end, Yonden Lhatoo, rédacteur en chef des informations du South China Morning Post, quotidien anglophone de référence de Hongkong, propriété du fondateur d'Alibaba, Jack Ma, a qualifié les critiques émanant des pays occidentaux sur la fin de la liberté de la presse à Hongkong de "dénuées de moralité" et leur a conseillé de balayer d'abord devant leur porter. Pour illustrer son propos, il a évoqué le cas de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, incarcéré dans une prison britannique en attendant son extradition vers les Etats-Unis.
L'AFP, CNN, le Wall Street Journal, le Financial Times et Bloomberg font partie des médias étrangers ayant leur siège régional à Hongkong. Le New York Times et le Washington Post ont déménagé une partie du leur à Séoul en raison de la situation politique sur place.
