Le neuvième lui aura porté un coup presque fatal. Vendredi 1er janvier, le Sénat, à majorité républicaine, a outrepassé le veto de Donald Trump, en votant le futur budget de la Défense de 740 milliards de dollars, à 81 voix contre 13 lors d'une session extraordinaire. À peine quelques jours plus tôt, la Chambre des représentants, à majorité démocrate, en avait fait de même. 109 républicains et 212 démocrates avaient alors voté en faveur du projet de loi. Cette claque intervient alors que les élus républicains sont de plus en plus nombreux à reconnaître la défaite de Donald Trump à la présidentielle du 3 novembre, qu'il ne concède toujours pas lui-même. Anticipant cette nouvelle rebuffade, le milliardaire avait dénoncé en début de semaine un "leadership républicain faible et fatigué".

Au cours de son mandat, le président américain aura ainsi usé de ce droit inscrit à l'article 1er de la Constitution américaine à neuf reprises. Mais c'est la première fois que le Congrès contourne le droit de veto du milliardaire républicain, la constitution indiquant qu'une majorité des deux tiers dans chacune des deux chambres est nécessaire pour pouvoir s'y opposer. De son côté, Joe Biden ne s'est pas exprimé après le vote et continue d'observer à distance son futur prédécesseur.

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"Biden doit juste laisser les commentateurs faire leur travail, et observer que la présidence Trump se termine en triste vaudeville. Il n'est pas utile pour lui d'en rajouter. En revanche, il peut en profiter pour tendre la main à l'aile modérée (ou, osons dire 'normale') du Parti Républicain, qui lâche Trump", estime auprès de L'Express Frédéric Charillon, professeur de science politique à l'Université d'Auvergne. Cette unité rare entre les deux partis rivaux montre ainsi qu'il est encore possible de nouer des alliances bipartisanes. "Il y a un - petit - sursaut démocratique, loyaliste, institutionnel, du Parti républicain, Biden peut en profiter, non pas pour diviser l'adversaire, mais pour faire triompher le jeu politique démocratique, que Trump a voulu déstabiliser. C'est essentiel pour la suite de sa présidence. Car si, comme on le dit, 80% de l'électorat de Trump (donc environ 40% de l'Amérique) est convaincu que la victoire a été volée, et tombe dans le complotisme, le mandat sera difficile", ajoute Frédéric Chatillon.

Les sénatoriales en Géorgie influencées ?

Ce camouflet inédit intervient aussi à 4 jours d'une élection cruciale en Géorgie, où les électeurs de cet Etat du sud-est des Etats-Unis doivent désigner le 5 janvier deux sénateurs qui viendront compléter la chambre haute du Congrès. Le résultat doit déterminer qui des républicains ou des démocrates obtiendront la majorité. Le 3 novembre dernier, aucun des candidats n'avait réussi à l'emporter avec plus de 50% des voix. Le revers de Trump devant le Congrès pourrait avoir une conséquence à double tranchant. "On a là une loi budgétaire extrêmement raisonnable et nécessaire. C'est toujours populaire de soutenir les forces armées. Les républicains veulent faire passer un message : 'envoyez nous deux sénateurs supplémentaires pour que l'on puisse agir dans notre sens'. Cela met un point de plus dans la balance des républicains. Leur avenir se fera au Sénat. Cela peut les aider un peu", avance auprès de L'Express Nicole Bacharan, historienne spécialiste des Etats-Unis.

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"Après le départ de Trump, les sénateurs républicains vont aussi pouvoir agir d'une manière plus conforme à leurs intérêts qu'ils n'ont jamais perdus de vue. Durant son mandat, ils avaient peur de lui, de ses campagnes sur Twitter, de ses coups de sang. Ils vont désormais revenir à des priorités républicaines", poursuit la spécialiste. Inversement, Joe Biden pourrait utiliser ce revers majeur pour Donald Trump pour marteler son discours habituel. "Biden pourrait insister pour dire que 'Trump c'est bel et bien fini, on l'abandonne'. Cela peut lui permettre de renforcer son discours de président de tous les Américains", explique Nicole Bacharan.

Biden et Trump en Géorgie le même jour

Joe Biden et Donald Trump ont dans tous les cas prévu se rendre le même jour le 4 janvier en Géorgie. "Il n'est pas certain que Biden ait intérêt à s'y rendre. D'abord parce qu'il est le président élu de tous les Américains, et non plus un chef de parti. Ensuite parce que Trump cherchera l'incident, ou à profiter de ce voyage de Biden pour provoquer quelque chose. C'est pour Biden un risque inutile", estime Frédéric Charillon.

Ce second tour en Géorgie revêt pourtant une importance capitale pour les quatre années de mandat qui attendent Joe Biden. "La base électorale de Trump reste très remontée. Il sera important de voir dans les semaines qui viennent si le Parti Républicain redevient modéré et lâche un Trump qui multiplie les audaces les plus inquiétantes, ou si Trump conserve le soutien d'une base populaire, ce qui fera hésiter le parti républicain, développe Frédéric Charillon. Ce qui est en jeu pour Biden, c'est de ramener ce jeu à des proportions normales, plutôt que d'avoir une opposition républicaine qui, par revanchisme, serait prête à toutes les obstructions, y compris à multiplier les shutdown".