C'est l'une des images fortes des manifestations de Baltimore. Lundi 27 avril, alors que des violences éclataient dans la ville de Baltimore après les obsèques de Freddie Gray, un jeune Noir mort une semaine après son arrestation, une mère était filmée en train de corriger son fils qui prenait part aux émeutes.
Devant les caméras d'une chaîne locale, Toya Graham poursuit son fils, Michael Singleton, 16 ans, emmitouflé dans un survêtement noir, en lui criant dessus et en le frappant. Comme d'autres jeunes ce jour-là, il participait aux affrontements qui ont occasionné incendies et vols jusque dans la nuit. Surnommée la "maman de l'année" sur les réseaux sociaux, précise le Guardian, Toya Graham a pu expliquer sa réaction aux médias, et même provoquer le débat.
"Je ne voulais pas qu'il devienne un autre Freddie Gray"
Au micro de CBS News, la mère a expliqué avoir perdu ses nerfs en voyant son fils parmi la foule des protestataires. "J'étais choquée, j'étais en colère, car vous ne voulez jamais voir votre fils en train de faire ça", a-t-elle expliqué. Toya Graham, qui se décrit comme une mère "pas tolérante", n'a eu besoin que d'un regard pour faire comprendre à son fils qu'il allait avoir des ennuis.
"C'est mon seul fils (...) et je ne veux pas qu'il devienne un Freddie Gray" a-t-elle poursuivi, craignant pour la vie de l'adolescent. La vidéo de cette violente punition, devenue virale, a valu à la mère le soutien du commissaire de police de Baltimore, Anthony Batts, qui a appelé les parents à "surveiller leurs enfants" pour prévenir les émeutes, rapporte The Hill.
Le jeune Michael a ensuite expliqué à la chaîne CNN qu'il se sentait "gêné" d'avoir participé à ces émeutes, avant d'expliquer pourquoi il s'était saisi d'un projectile avant que sa mère ne surgisse. "Mes amis étaient là, ils avaient été frappés par la police, tués par la police" confie l'adolescent. "J'ai senti que je devais y aller pour leur rendre hommage".
"Ce n'était pas éducatif, c'était un sauvetage"
L'histoire de Toya Graham et de son fils a suscité différents commentaires dans la presse américaine. Dans une tribune publiée sur le site du Baltimore Sun, le journal local, Susan Reimer, tout en se disant mal à l'aise face aux méthodes rugueuses de cette mère, explique qu'elle a bien agi au regard de la situation. "Il ne s'agissait pas d'un geste éducatif, mais d'un sauvetage" explique la journaliste. Un lecteur du même journal considère quant à lui qu'il y a d'autres moyens que la violence pour "gérer la peine et la colère" d'un fils.
Dans les colonnes du Washington Post, la journaliste et professeure Stacey Patton explique de son côté comment la violence est devenue, pour certains parents, le moyen paradoxal de protéger leurs enfants Noirs du danger. En effet, si Toya Graham était choquée de voir son fils s'en prendre aux forces de l'ordre, elle ne voulait pas non plus que ces mêmes forces de l'ordre fassent de son fils "un autre Freddie Gray". Quitte à utiliser la violence pour le protéger d'une autre.
Pourquoi les jeunes s'en sont-ils pris à la police?
Enfin, cette vidéo donne l'occasion de s'interroger sur ce qui a déclenché les émeutes ce jour-là. La longue nuit de violences du lundi 27 avril a commencé par des affrontements entre adolescents et policiers. Des témoignages rassemblés par le site Mother Jones indiquent que des policiers en tenue antiémeute étaient stationnés près d'un centre commercial et d'un lycée, en réponse à des menaces qui auraient circulé dans la journée. Les transports coupés, certains lycéens se sont retrouvés bloqués, et les projectiles ont alors volé en direction des forces de l'ordre. "Si j'étais un lycéen qui se retrouve bloqué dans un champ de mines par les policiers, me sentant en danger et sans moyen de rentrer chez moi, j'aurais pu craquer moi aussi" explique une enseignante. Un sentiment que Michael et ses amis, à cet instant, partageaient peut-être.
