Jusqu'où ira Donald Trump ? L'apôtre de "la loi et l'ordre" - son slogan de campagne - serait-il sans foi ni loi ? Début juillet, une ligne rouge a été franchie lorsque la Maison-Blanche a déployé, sans l'accord des autorités locales, des troupes fédérales à Portland (Oregon) pour réprimer les manifestations Black Lives Matter. Un sérieux coup de canif dans le contrat démocratique américain. "Du jamais-vu depuis la guerre civile", s'exclame Michael Dorf, professeur de droit à l'université Cornell (New York). Et pour cause, la loi l'interdit. Signé en 1878, le Posse Comitatus Act (loi sur le pouvoir du comté) stipule que la police fédérale ne peut intervenir dans les États qu'à la demande expresse du gouverneur ou du maire. Or, dans l'Oregon, ceux-ci ont au contraire prié Washington de ne pas s'en mêler.

Plusieurs témoignages ont fait état d'interpellations arbitraires par des hommes en treillis, sans identification, à bord de voitures banalisées. L'avocate générale de l'Oregon poursuit l'administration pour arrestations illégales, qu'elle assimile à des "kidnappings". D'autres villes et Etats menacent de faire de même. Car le président n'a pas l'intention de s'arrêter là. Chicago et Albuquerque sont dans le viseur de Donald Trump. Leurs points communs : un maire démocrate et une criminalité en hausse. À trois mois des présidentielles, "la stratégie de Trump consiste à faire passer son rival Joe Biden pour un laxiste, analyse Romain Huret, historien des Etats-Unis.

La provocation pour sortir d'une mauvaise passe

Tout est fait pour montrer que le retour des démocrates au pouvoir, ce serait la chienlit." Pour gagner des points dans les fameux swing states, ces Etats susceptibles de faire basculer l'élection présidentielle de novembre prochain, Donald Trump n'hésite donc pas à franchir le Rubicon. Charge aux juristes de la présidence de rattraper le coup. Ainsi, quand le locataire de la Maison-Blanche justifie l'usage de la force fédérale par l'impuissance des policiers de l'Oregon, ses défenseurs invoquent plutôt la protection de la cour de justice fédérale de l'Etat.

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Pour Donald Trump, le jeu de la provocation en vaut, plus que jamais, la chandelle : le président traverse une mauvaise passe, conspué pour sa gestion de l'épidémie de Covid (plus de 4 millions de contaminations) qui a plongé le pays dans une grave crise économique. Il lui reste trois mois pour remonter la pente. D'ores et déjà, il prépare le terrain pour un litige électoral.

Son cheval de bataille : le vote par correspondance, qui devrait prendre une place déterminante lors de cette élection, pour des raisons sanitaires. Ces six derniers mois, le président a critiqué, sans preuve, la fiabilité de ce vote au moins 50 fois, d'après un décompte du Washington Post. "Accepterez-vous l'issue du scrutin ?" lui a demandé un journaliste de Fox News, le 19 juillet dernier. "Je verrai", a simplement répondu Donald Trump.