Lula arrive en tête mais pas avec le résultat espéré. Avec 48,4% des voix face à Jair Bolsonaro, qui recueille 43,2% des suffrages, ce résultat constitue une déception pour le candidat du Parti des travailleurs (PT) qui espérait l'emporter dès le premier tour de la présidentielle.
Les deux candidats se retrouveront donc pour le second tour dans quatre semaines. Et malgré 5 millions de voix d'avance sur 119 millions de suffrages exprimés, le "come-back", potentiellement historique de l'ex-président (2003-2010) Lula da Silva, "l'homme aux neuf vies", le 30 octobre, n'est plus entièrement garanti.

L'ex-président de gauche brésilien Lula salue ses sympathisants, le 1er octobre 2022 à Sao Paulo
© / afp.com/NELSON ALMEIDA
Pendant des mois, le président sortant a affirmé que les sondages le sous-estimaient. Les résultats du scrutin du 2 octobre lui donnent raison : il existait bien un "vote caché" dû aux Brésiliens qui refusent d'avouer aux sondeurs qu'ils votent Bolsonaro. Avec 5 points de plus dans les urnes que ne le prévoyaient les différents instituts d'opinion, le président sortant peut compter sur une nouvelle dynamique en vue de sa campagne de second tour. En témoignent les bons résultats de son camp aux élections régionales et législatives organisées le même jour.
Le gouverneur de l'État de Rio de Janeiro Cláudio Castro est par exemple largement réélu avec 58 % des voix, soit 10 points de plus que les prévisions, tandis que São Paulo, premier collège électoral du pays, connaît un tournant bolsonariste avec Tarcísio Freitas en tête pour le poste de gouverneur et Marcos Pontes élu sénateur a contrario de ce que prévoyaient les sondages. De plus, sept anciens ministres du gouvernement Bolsonaro sont élus au Congrès, notamment son ancien ministre de l'environnement, qui a supervisé la déforestation en Amazonie, et son ancien ministre de la santé, critiqué pour le retard pris par le Brésil dans l'achat de vaccins pendant la pandémie.
"La force du bolsonarisme surprend"
"Si le score de Lula est à peu près conforme aux sondages, la force du bolsonarisme surprend, reconnaît l'analyse João Alexandre Peschanski. Cela s'explique notamment par la débâcle de Simone Tebet (4%) et Ciro Gomes (3%), dont une frange des électeurs les a abandonnés pour voter Bolsonaro. Tout cela indique un niveau inattendu d'un sentiment anti-PT que l'on croyait émoussé." Visiblement, une partie de l'électorat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), naguère principale force politique du pays en dehors du PT, bascule chez Bolsonaro.
Mais Lula, conserve plusieurs cartes dans son jeu. Pour le second tour, la "stratégie Alckmin", du nom de son candidat à la vice-présidence Geraldo Alckmim, un ancien du PSDB, demeure valable. S'il ne ramène pas forcément des électeurs, il ouvre à Lula des portes dans le patronat, l'aide à mettre au point des stratégies de soutien et à nouer des accords d'appareils."
D'autre part, Lula lui-même conserve une grande popularité qui repose sur le souvenir heureux de sa présidence, plus que son projet d'avenir, lequel est assez vague. "Mais le plus important, ajoute le politologue, c'est que les gens voient en lui la volonté de maintenir les politiques sociales, un point sur lequel ils font moins confiance à Bolsonaro." Lula va continuer de jouer cette proximité culturelle avec le peuple brésilien. Mais dans ce registre, le populiste Bolsonaro, qui s'est présenté au bureau de vote vêtu d'un maillot de football de la Seleçao brésilienne, n'est pas en reste.
S'il l'emporte, Lula aura fort à faire
Si Lula l'emporte dans quatre semaines, il sera un président beaucoup plus faible qu'il ne l'était en prenant ses fonctions le 1er janvier 2003. "La situation socio-économique dont il hérite est plus difficile, il affronterait deux années très difficiles. "Le pays est sinistré, rappelle, à Sao Paulo, l'analyste João Alexandre Peschanski. Il y a un effondrement social dû à une pauvreté structurelle qui, d'ailleurs, est antérieure au gouvernement Bolsonaro, lequel a toutefois aggravé les choses en réduisant des politiques sociales. Un gouvernement Lula ne serait forcément pas très ambitieux sur l'économie ni le social. Et il serait beaucoup plus à droite qu'avant à cause de ses soutiens, qui vont de l'extrême gauche au centre droit, et dont le dénominateur commun est seulement l'anti-bolsonarisme."
Sur le plan international, enfin, Lula ne bénéficiera pas du même état de grâce ni du même pouvoir de fascination qu'au sommet de sa gloire dans les années 2000, surtout après sa sortie hallucinante contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, au printemps dernier. Cependant, sa victoire s'inscrirait dans un contexte régional latino-américain particulier, avec une "vague rose" qui ces dernières années, a ancré le continent, qui est sous influence chinoise, à gauche. En Argentine, au Mexique, au Chili, en Colombie et peut-être demain au Brésil, l'on assiste à un raz-de-marée socialiste.
