Jair Bolsonaro y croit encore. Devancé au premier tour de la présidentielle du 2 octobre par Lula da Silva (Parti des travailleurs, PT) qui fut président de 2003 à 2010, le chef de l'Etat sortant espère surfer sur "une dynamique". L'avance de Lula est plus courte que prévu - 48,4% contre 43,2%, ce qui a requinqué Bolsonaro, porté par la persistance d'un sentiment "anti-PT". Ainsi, six ministres "bolsonaristes" ont décroché un siège de sénateur ou de député (plusieurs scrutins se tenaient en parallèle). C'est la preuve qu'avoir appartenu à son gouvernement constitue un atout électoral et le signe que la vague de l'ultradroite qui avait porté l'ancien député de Rio de Janeiro au pouvoir voilà quatre ans n'est peut-être pas retombée.
Légitimées par les urnes, ces quelques pointures du bolsonarisme font désormais campagne pour leur champion. Parmi elles : Ricardo Salles, ""l'anti-ministre" de l'Ecologie", qui a réduit les moyens de la police environnementale de lutter contre le défrichement de l'Amazonie. Cet avocat quadragénaire accède à la chambre des députés de Brasília avec presque trois fois plus de voix que l'icône de la protection de la forêt Marina Silva ! Autre exemple : l'ex-ministre de la Santé Eduardo Pazuello. Malgré son invraisemblable gestion de la crise du Covid-19 - près de 700 000 décès -, ce général de réserve a fait un carton auprès des électeurs de Rio de Janeiro.
Certes, Lula demeure favori, mais à la tête de son vaste pays peuplé par 212 millions d'habitants, son rival dispose des moyens de l'Etat, dont il use et abuse sans scrupule. Ainsi, il a anticipé les décaissements des allocations de 115 euros mensuels versées à quelque 20 millions de foyers, afin qu'elles arrivent dans les mains des intéressés quelques jours avant le second tour du 30 octobre. Le président d'extrême droite se paye également le luxe d'afficher le soutien de 11 gouverneurs d'Etat (sur 27), dont ceux des trois principaux collèges électoraux : les Etats de São Paulo (35 millions d'électeurs, soit 22% de l'électorat brésilien), du Minas Gerais (16 millions) et de Rio de Janeiro (13 millions). "Cela constitue un avantage certain pour le président, commente, à Sao Paulo, le politologue Aldo Fornazieri. Les gouverneurs sont à la tête d'appareils administratifs disposant de ramifications multiples dans les communes et peuvent mobiliser une armada de soutiens pour défendre Bolsonaro et attaquer Lula." Le politologue Milton Lahuerta renchérit : "A eux seuls, ces trois Etats fédérés pourraient garantir une réélection du président sortant."
"Lula représente l'espoir de battre l'extrême droite"
Dans l'Etat de São Paulo, le poumon économique du pays, Bolsonaro est arrivé nettement en tête au premier tour, tout comme son candidat au poste de gouverneur, l'ex-ministre des Infrastructures Tarcísio de Freitas, qui a devancé Fernando Haddad, le poulain de Lula. "L'élection de ce néolibéral comme les aime São Paulo est inévitable, poursuit Lahuerta, qui s'inquiète des réticences, à l'endroit du PT, dans la province pauliste restée très "conservatrice sur les moeurs ". "Un raz de marée en sa faveur de ce technocrate plus populaire que ne l'est le président pourrait profiter à ce dernier par une sorte d'effet d'entraînement qui, à ce stade, n'est pas garanti."
Pour l'heure, les sondages confirment l'avance de Lula, crédité de 51 à 52% des intentions de vote contre 41 à 48% pour son adversaire. Mais qui croit encore aux sondages, qui ont sous-estimé Bolsonaro au premier tour ? "Les soutiens affichés par le chef de l'Etat ne lui apporteront pas grand-chose, relativise le député PT Antonio Gomide. Ces gouverneurs lui étaient déjà acquis. Lula, lui, a reçu des appuis de personnalités qui n'étaient pas de son bord", dit-il en faisant allusion à l'ancien président Fernando Henrique Cardoso (1994-2002), âgé de 91 ans, ou encore, aux deux candidats de la "troisième voie" Simone Tebet (4,2%) et Ciro Gomes (3%). "Arithmétiquement, ce sera plus facile pour Lula, qui a manqué de peu de se faire élire, que pour son adversaire, reprend le parlementaire. Bien sûr, nous ne pouvons pas sous-estimer la force d'un candidat sortant. Mais Bolsonaro ne parvient plus à élargir son électorat. Lula, lui, dispose encore de réserves de voix. Et il représente l'espoir de battre l'extrême droite."
