Une nouvelle bombe littéraire risque d'alimenter les ragots dans les couloirs de la Maison-Blanche. Intitulé Péril, le nouvel ouvrage des journalistes du Washington Post Bob Woodward et Robert Costa dévoile les coulisses de la chute de l'ex-président Donald Trump tout en abordant le début du mandat de son successeur démocrate, Joe Biden. Ses auteurs affirment que le livre repose sur plus de 200 entretiens réalisés avec des individus restés anonymes. Les médias américains, à l'instar du Washington Post et du New York Times ont pu se procurer les bonnes feuilles de ce bouquin dont la sortie est prévue mardi prochain aux Etats-Unis. Quelques citations-clés afin de mieux comprendre les arcanes du pouvoir américain.
La peur d'un confit armée entre Pékin et Washington
Pendant les derniers mois de l'administration Trump, le plus haut officier militaire du pays, le général Mark A. Milley, craignait que les actions du président ne déclenchent une guerre avec la Chine. A tel point qu'il a téléphoné à son homologue, le général Li Zuocheng de l'Armée populaire de libération, à plusieurs reprises (le 30 octobre 2020 et le 8 janvier 2020), afin d'éviter un conflit armé. Lors de l'appel du 8 janvier, le général Li a laissé entendre que les dirigeants chinois craignaient que le gouvernement américain ne soit instable. Il a interrogé le général Milley pendant une heure et demie pour savoir si l'armée allait prendre des mesures.
Cette croyance, écrivent les auteurs, reposait sur les tensions liées aux exercices militaires en mer de Chine méridionale et renforcée par la rhétorique belliqueuse de Trump envers la Chine. "Général Li, je veux vous assurer que le gouvernement américain est stable et que tout ira bien", lui a dit Mark A. Milley. "Nous n'allons pas attaquer ou mener d'opérations contre vous." Selon l'ouvrage Péril, le plus haut officier militaire des Etats-Unis s'est s'engagé à alerter son homologue en cas d'attaque américaine : "Général Li, vous et moi nous connaissons depuis maintenant cinq ans. Si nous allons attaquer, je vais vous appeler à l'avance. Ce ne sera pas une surprise", lui dit-il le 8 juin - soit deux jours après que le Capitole a été pris d'assaut.
Après la publication de ces premières bonnes feuilles de l'ouvrage, les réactions ne se sont pas fait attendre. Le chef d'état-major américain, le général Mark A. Milley, a démenti mercredi avoir outrepassé ses fonctions en téléphonant à son homologue chinois à la fin du mandat de Donald Trump. "Ses appels aux Chinois et à d'autres en octobre et en janvier étaient conformes à (ses) devoirs et responsabilités consistant à transmettre des assurances pour maintenir la stabilité stratégique", a indiqué le porte-parole de l'état-major, le colonel Dave Butler, dans un communiqué. Il a aussi démenti que ces appels aient été menés en secret. De son côté, le président Joe Biden a déclaré lors d'un point presse avoir "toute confiance" dans le chef d'état-major Mark A.Milley.
Mike Pence a hésité lors de la certification officielle des résultats de l'élection
Le livre révèle également comment l'ex-vice-président Mike Pence a tergiversé plus qu'on ne le savait publiquement au sujet de la réclamation de Donald Trump de modifier la certification électorale. En effet, le mercredi 6 janvier, la certification du vote des grands électeurs par le Congrès se déroulait sous l'autorité du vice-président américain. A l'époque, l'ex-milliardaire considérait que Pence pouvait en profiter pour inverser les résultats de la présidentielle. Autrement dit, l'ancien président américain avait demandé à son bras droit de perturber la cérémonie - au risque d'enfreindre la Constitution. Et l'ancien gouverneur de l'Indiana hésitait selon l'ouvrage.
S'adressant en privé à l'ancien vice-président Dan Quayle, qui a supervisé la certification des élections de 1992 au cours desquelles il figurait sur le ticket perdant, Mike Pence a semblé disposé à accepter le plan de Donald Trump. Ce dernier consistait à déclarer que les résultats du vote de l'Arizona étaient erronés et à demander s'il pouvait retarder la certification. Mais Dan Quayle était catégorique, selon les auteurs. "Mike, tu n'as aucune flexibilité là-dessus. Rien. Zéro. Oublie", a-t-il déclaré. Et quand Mike Pence fait savoir à Donald Trump qu'il ne fera pas ce qu'il demande, l'ex-président s'emporte : "Je ne veux plus être ton ami si tu ne fais pas cela", a-t-il répondu selon le livre, déclarant plus tard à son vice-président: "Tu nous as trahis. Je t'ai fait. Tu n'étais rien."
Les craintes concernant la santé mentale de Donald Trump
Le livre détaille comment la présidence de Donald Trump s'est essentiellement effondrée au cours de ses derniers mois au pouvoir, en particulier après sa défaite électorale et le début de sa campagne pour nier les résultats. Les principaux collaborateurs - dont le général Mark A. Milley, le secrétaire à la Défense Mark T. Esper et le procureur général William P. Barr - étaient convaincus qu'ils devaient prendre des mesures drastiques pour l'empêcher de piétiner la démocratie américaine ou de déclencher un conflit international.
Selon l'ouvrage, le général Milley a estimé que Donald Trump avait décliné mentalement au lendemain des élections, selon le livre. L'ouvrage reprend un appel téléphonique, datant du 8 janvier, entre l'officier et Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants. Derrière le combiné, cette dernière s'alarme : "Quelles précautions sont disponibles pour empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d'accéder aux codes de lancement et d'ordonner une frappe nucléaire ?" Le général Milley lui répond qu'"il est d'accord" avec elle tout en lui assurant qu'il y a "beaucoup de contrôles dans le système".
Antony Blinken voulait prolonger la présence américaine en Afghanistan
Les ministres américains des Affaires étrangères et de la Défense, Antony Blinken et Lloyd Austin, ont tenté en mars dernier de convaincre Joe Biden de prolonger la présence militaire des Etats-Unis en Afghanistan, mais le président a refusé, selon le bouquin attendu aux Etats-Unis. "Si la mission est de préserver le gouvernement d'Ashraf Ghani, je n'enverrais pas mon propre fils", aurait déclaré Joe Biden à ses collaborateurs au cours de ses premiers mois de mandat lors des discussions sur le retrait des forces dans le pays. Ainsi, le chef de l'Etat, Joe Biden, était déterminé à mettre fin à la plus longue guerre de son pays et son secrétaire d'Etat était initialement "raccord avec Biden pour un retrait total", rapportent les journalistes.
Mais après une réunion avec les alliés de l'Otan à Bruxelles en mars, Antony Blinken a changé de braquet, proposant de "prolonger la mission avec des militaires américains pendant un certain temps, pour voir si cela pouvait favoriser une résolution politique" entre belligérants afghans, écrivent-ils. En gros, "gagner du temps pour les négociations". Selon les auteurs, Antony Blinken a appelé Joe Biden depuis Bruxelles pour lui dire que les ministres de l'Otan demandaient tous que le retrait américain soit conditionné à des progrès dans le processus de paix. Les pays de l'Alliance atlantique n'ont, pour certains, pas caché leurs réserves face au retrait total décidé par l'ex-président américain Donald Trump et confirmé finalement par Joe Biden.
