Pour sa nomination par Barack Obama comme directeur du FBI en 2013, James Comey avait obtenu un vote favorable du Sénat, par 93 voix contre 1. Son limogeage surprise mardi par Donald Trump rend improbable une telle unanimité, alors que les républicains occupent 52 sièges, contre 48 pour les démocrates, qui ne cachent pas leur sidération depuis deux jours.
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Et pour cause. Par son poste, Comey supervisait l'enquête de contre-espionnage sur l'ingérence russe lors de présidentielle, qui met en cause des proches collaborateurs de Trump. Enquête pour laquelle Comey a réclamé quelques jours plus tôt, au ministère de la Justice, des moyens supplémentaires.
Logiquement, l'opposition soupçonne le milliardaire d'avoir voulu entraver cette enquête qui entache son nom, même si l'administration Trump justifie officiellement sa décision par la gestion de l'affaire des emails de Clinton. Différents médias américains affirment cependant, témoignages anonymes à l'appui, qu'il ne s'agit là que d'un prétexte.
Un intérim à assurer
L'intérim est actuellement assuré par l'adjoint de Comey, Andrew McCabe. Selon le Washington Post, le ministère de la Justice n'a pas décidé s'il resterait en poste jusqu'à la nomination du successeur officiel de Comey ou si l'intérim serait confié à une autre personnalité.
Le quotidien a fait état de quatre entretiens pour ce job provisoire mercredi: Michael Anderson (patron du bureau de Chicago), Adam Lee (patron du bureau de Richmond), Paul Abbate (directeur adjoint de la section criminelle du FBI) et William "Bill" Evanina (directeur du contre-espionnage au bureau qui coordonne l'action des principales agences du renseignement).

Jeff Sessions, le ministre de la Justice, s'est récusé dans l'enquête russe du FBI pour avoir eu des liens avec l'ambassadeur de Russie en 2016. Il va pouvoir cependant participer au choix du nouveau directeur du FBI.
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Comme pour les membres de son administration, le président nomine et le Sénat valide. Donald Trump n'a pas caché qu'il souhaitait un FBI s'intéressant plus aux fuites dans la presse qu'aux hypothétiques liens entre la Russie et sa campagne, pourtant sujet majeur en ce qui concerne la sécurité nationale. Le successeur officiel de Comey devra cependant disposer d'un CV irréprochable. Un CV en tout cas susceptible de plaire à la très courte majorité républicaine sénatoriale.
L'onde de choc rend totalement improbable une nomination sans tapage. C'est seulement la seconde fois dans l'histoire qu'un président limoge un directeur du FBI avant la fin de son mandat de 10 ans. Bill Clinton l'avait fait en 1993 avec William Sessions - un républicain nommé par Ronald Reagan - pour une utilisation personnelle des moyens de l'agence.
Une nomination qui ne se fera pas sans bruit
Le contexte était tout autre. Il n'y avait pas à l'époque d'enquête visant de proches collaborateurs du président pour des agissements durant une campagne présidentielle. Sur ce point, la seule comparaison possible est l'affaire du Watergate, qui a mené en 1974 à la démission du président Richard Nixon. Ce dernier était alors menacé par une procédure de destitution pour la pose de micros dans les bureaux du parti démocrate lors de la présidentielle de 1972. Nixon, en 1973, avait limogé le procureur indépendant Archibald Cox en charge de l'enquête.
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Depuis l'affaire du Watergate, le plus long intérim assuré à la tête du FBI a duré 160 jours. John E. Otto avait fait la transition entre William Webster (1978-1987) et William Sessions. Il avait fallu deux mois à l'administration Reagan pour porter son choix sur ce dernier. Sa prestation de serment n'était intervenue qu'un trimestre plus tard, mais le vote du Sénat avait été obtenu sans accroc, malgré une majorité démocrate. Pour le successeur de Comey, qui jouissait d'une bonne réputation auprès de ses agents, cela promet d'être autrement houleux.
