Doté des réserves de gaz et de pétrole parmi les plus importantes du monde, le Canada est riche de son sous-sol. Et pourtant, cet atout se transforme aujourd'hui en handicap. Pendant l'été 2021, les canicules à répétition - jusqu'au dôme de chaleur au-dessus de Vancouver, qui a poussé le mercure à près de 48 °C -, de même que les inondations en Colombie-Britannique, ont montré que le pays était en première ligne face aux dégâts engendrés par le réchauffement climatique. Seules certaines provinces comme le Québec peuvent se prévaloir d'avoir opté depuis longtemps pour des énergies renouvelables telles que l'hydroélectricité.
A la fin mars dernier, Steven Guilbeault, ancien militant écologiste devenu ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, présentait un nouveau plan enjoignant les producteurs de pétrole à réduire de 31 % leurs émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030. Une urgence, car le Canada est le seul Etat du G7 à avoir échoué en la matière ces dernières années. Las ! Une semaine plus tard, le même ministre donnait son accord au très controversé projet pétrolier Bay du Nord, de la société norvégienne Equinor, qui promet l'extraction de 300 millions à 1 milliard de barils de pétrole au large de Terre-Neuve à partir de 2028. Une nouvelle illustration de la politique de lutte contre le réchauffement climatique en zigzag menée depuis l'arrivée de Justin Trudeau au pouvoir. Premier à instaurer une taxe carbone au Canada, il est aussi celui qui, dès 2018, décidait de racheter l'oléoduc Transmountain pour en tripler la capacité, en même temps qu'il maintenait les généreuses subventions à l'industrie pétrolière.
"Pétrole démocratique"
Malgré l'urgence climatique, le Canada a en effet du mal à tirer un trait sur ses ressources en hydrocarbures. D'aucuns ont même vu dans l'intervention de Vladimir Poutine en Ukraine une nouvelle opportunité... d'accroître les exportations. Jason Kenney, Premier ministre conservateur de l'Alberta, province qui assure 80 % de la production énergétique du pays, a plaidé pour que le "pétrole démocratique de l'Alberta" remplace l'or noir de la Russie, "rempli de sang ukrainien"...
Mais à l'exception d'une usine de liquéfaction de gaz toujours en construction, le Canada ne dispose pas d'infrastructures permettant d'approvisionner les pays européens aujourd'hui dépendants de Moscou. Par ailleurs, le président des Etats-Unis Joe Biden n'a émis aucun signe en faveur de la relance de l'oléoduc Keystone XL, chargé d'acheminer le pétrole albertain vers les raffineries américaines du golfe du Mexique, un mégaprojet stoppé dès son arrivée à la Maison-Blanche. Assis sur son tas d'or noir, qui lui confère certes une pleine indépendance énergétique, le Canada peine plus que d'autres pays à négocier son virage vert.
