"Ils ont tout cassé": la supérette de Rachid Khan a eu le malheur de se trouver sur le passage des pillards. Pas d'assurance et des sacrifices, Rachid est amer. Mardi, il déblayait, comme de nombreux habitants de l'ouest de Baltimore, secoué par des émeutes.

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"A l'intérieur, tout est parti", se lamente Rachid Khan dont le magasin se trouve dans l'ouest de Baltimore, à un pâté de maison de la droguerie CVS, partie en fumée lundi soir pendant les émeutes qui ont secoué la ville après les funérailles de Freddie Gray, un jeune Noir décédé alors qu'il était détenu par la police.

"Je voudrais que tout redevienne comme avant les émeutes"

Rachid Khan compte bien rouvrir, mais il n'a pas d'assurance et pense avoir perdu entre 20 000 et 25 000 dollars dans la nuit. Pour s'établir, il avait fait appel à la générosité de ses amis. Mais ce mardi il faisait contre mauvaise fortune bon coeur: des voisins sont venus l'aider à déblayer et à poser des panneaux en bois sur la devanture pour éviter de nouveaux pillages.

Sur la façade de la supérette, un panneau dit: "Arrêtons de nous entretuer". Un bien maigre message après la nuit à Baltimore, une ville aux nombreux problème sociaux, n'en avait plus connue depuis longtemps.

Un peu plus loin, Nireasha Kellum, 11 ans, est venue nettoyer la rue avec sa mère et son oncle. "Je voudrais que tout redevienne comme avant les émeutes", dit la jeune fille, en portant des sacs remplis de déchets, comme des centaines d'autres habitants venus nettoyer.

La police quadrille la ville

Autrement plus remontée, Cristal Renshaw s'est armée de gants en plastique pour déblayer les bris de verre, les couches et les ordures de toutes sortes. "Y'en a qui sont super énervés, ils gueulent: 'mort aux flics'. Je comprends, tu as le droit d'être énervé, on a tous le droit, mais de là à tout détruire? Le monde nous regarde", lance-t-elle, tout en disant espérer que les événements de la veille aient "réveillé" la ville.

Les incendies se consumaient encore ce mardi matin dans la ville et un couvre-feu a été instauré à partir de mardi 22 heures (02H00 GMT mercredi) jusqu'à 5 heures du matin, tous les jours et pour une semaine. La police, vêtue d'équipement anti-émeutes, quadrillait la ville avec la garde nationale du Maryland appelée en renfort.

"Je comprends la frustration"

Mais l'ambiance s'était largement calmée. Au moins 15 policiers ont été blessés, dont deux sérieusement, et environ 200 personnes ont été arrêtées, essentiellement des lycéens, décidés à en découdre avec les forces de l'ordre. Pour autant, certains trouvent, sinon des excuses, du moins des explications à la colère des émeutiers, à l'instar de Pierre Estep, 56 ans, qui a vécu toute sa vie à Baltimore.

La violence "était justifiée parce que personne n'écoute lorsqu'il y a des manifestations normales", dit-il. "Je ne dis pas que c'était bien, mais je comprends la frustration et la façon dont la situation s'est enflammée", poursuit Pierre Estep tout en racontant qu'il y a 16 ans, un policier lui avait pressé le canon d'une arme dans la figure.