Après une première vie dans le cinéma, Matthew McConaughey va-t-il en entamer une seconde en politique ? S'il n'est pas officiellement candidat, l'acteur oscarisé pour The Dallas Buyers Club ne cesse de donner des signes d'intérêt pour le poste de gouverneur dans son État natal du Texas. Au point que cette hypothèse suscite depuis quelques semaines la curiosité de nombreux médias américains. "Je ne suis pas en train d'annoncer quoi que ce soit. Mais j'essaye effectivement d'examiner l'idée et de la considérer sérieusement. Je veux ouvrir un nouveau chapitre dans ma vie et je pense que c'est dans une sorte de rôle de leadership", a-t-il ainsi glissé mardi à la chaîne CNBC, interrogé sur cette question.
Une déclaration qui s'ajoute aux nombreux indices laissés derrière lui par l'acteur de 51 ans. Lors d'une apparition dans The Tonight Show de Jimmy Fallon la semaine dernière, même son de cloche. "On en parle beaucoup en ce moment. C'est quelque chose que j'envisage. Absolument. Et c'est déjà un honneur que de pouvoir réfléchir à cela", a-t-il affirmé, ajoutant tout de même "ne pas être allé plus loin que cela pour l'instant". De quoi laisser songeur à un an de la prochaine élection pour le siège de gouverneur du Lone Star State.
"Agressivement centriste"
Signe des temps, Matthew McConaughey a lancé sa propre chaîne YouTube début mars. "C'est un endroit où je vais vous partager qui je suis et qui je ne suis pas, ce en quoi je crois ou pas (...) et quelques approches que je trouve utiles et constructives pour la vie", détaillait-il dans sa vidéo de présentation. Quelques jours plus tard, il organisait sur la plateforme une collecte de fonds en streaming baptisée We're Texas (Nous sommes le Texas). Son objectif ? Venir en aide aux sinistrés de la vague de froid inédite qui a frappé l'État du sud au mois de février. Au total, l'événement a permis de lever 7,8 millions de dollars et a été suivi par plus de 1,2 million de personnes.
Difficile toutefois de placer Matthew McConaughey sur l'échiquier politique. Le principal intéressé a d'ailleurs toujours veillé à brouiller les pistes quant à son appartenance éventuelle au parti démocrate ou républicain. Selon le Texas Tribune, l'acteur d'Interstellar "n'a pas voté dans une primaire depuis au moins 2012 et n'a jamais fait de don à une campagne fédérale ou au Texas". En réalité, Matthew McConaughey semble plutôt tenter de jouer sur deux tableaux à la fois.
"La gauche pense que la droite est raciste, et la droite pense que la gauche est socialiste. Mais ce n'est pas vrai. La gauche est pour l'empathie, la compassion et la solidarité, tandis que la droite est pour la résilience, le travail et la responsabilité. Je suis tout cela. Ce sont des valeurs que nos mères nous ont toutes enseignées et la gauche et la droite n'en sont pas les propriétaires exclusifs", défendait-il dès novembre dernier dans une interview pour le Austin American-Statesman. Un mois plus tard, il se déclarait aussi "agressivement centriste" dans le podcast Under the Skin de Russell Brand.
Concurrence féroce
Si une candidature de Matthew McConaughey venait à se préciser, il se retrouverait face à l'actuel détenteur du poste, le républicain Greg Abbott, qui se prépare à briguer son troisième mandat en 2022. L'acteur n'a pas hésité à lui porter une première estocade mi-mars, critiquant son choix de mettre fin au port du masque obligatoire. "Ma réaction à cela... J'ai été un peu abasourdi par cette décision", a-t-il réagi sur CBS, affirmant ne pas la comprendre. "C'est juste un petit inconvénient aujourd'hui pour plus de liberté demain", a-t-il ajouté.
Matthew McConaughey pourrait aussi trouver sur sa route l'ancien candidat à la primaire présidentielle démocrate Beto O'Rourke. Depuis le mois de janvier, ce dernier commence petit à petit à se placer dans les starting-blocks, et a de sérieux arguments à faire valoir. Lors des sénatoriales de 2018 - une élection concernant tout l'État - il s'était incliné d'un cheveu contre le républicain Ted Cruz, réalisant le meilleur score démocrate depuis 1988 au Texas.
"Le positionnement centriste de Matthew McConaughey peut être intéressant dans un État comme le Texas, qui est de moins en moins un bastion républicain", note Lauric Henneton, maître de conférences à l'Université de Versailles Saint-Quentin, et auteur de l'ouvrage Le rêve américain à l'épreuve de Donald Trump (Ed. Vendemiaire). "Après reste à voir si sa possible candidature pourrait vraiment tenir lorsque la campagne rentra dans le dur avec des prises de position nécessaires sur des sujets comme les armes à feu, ou l'immigration, qui sont très importants au Texas", ajoute le chercheur. Pas sûr, donc, que ses louables intentions résistent à la fureur d'une campagne. Mais quoi qu'il en soit, Matthew McConaughey ne serait pas le premier acteur à franchir le Rubicon s'il décide bien de se lancer. En leur temps, Ronald Reagan et Arnold Schwarzenegger étaient tous deux parvenus à se faire élire gouverneur de Californie. En 1981, le premier avait même accédé à la présidence du pays.
