Patricio Rojas se dit "soulagé". Le frêle quinquagénaire vient de recevoir sa première injection de CoronaVac. Vêtu d'un bleu de travail, cet imprimeur s'apprête à quitter la cour défraîchie du gymnase José-Manuel-López, reconverti en centre de vaccination, dans le sud de Santiago. "Je suis asthmatique et ma femme a subi trois cancers, explique-t-il d'une voix monocorde. Venir se faire vacciner était à la fois une évidence et une simple formalité."
Comme lui, plus de 5 millions de Chiliens - sur 19 millions d'habitants - ont reçu au moins une dose, un mois et demi seulement après le début de la campagne de vaccination. Les autorités espèrent immuniser 80 % de la population d'ici à juillet. Un objectif ambitieux mais atteignable, sachant que le gouvernement s'est réjoui, mardi 16 mars, d'avoir deux semaines d'avance sur le calendrier initial. Une cadence soutenue qui permet aujourd'hui au Chili de figurer dans le top 4 des pays qui vaccinent le plus vite au monde, derrière Israël, les Emirats arabes unis et le Royaume-Uni.

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Ce démarrage express s'explique par l'arrivée de plus de 11 millions de doses sur le sol chilien. Très tôt, les sherpas du président libéral Sebastián Piñera ont su négocier avec différents fournisseurs : l'américain Pfizer-BioNTech, l'anglo-suédois AstraZeneca, le chinois CanSino. Mais surtout, Sinovac : depuis le début de février, plus de 9 injections sur 10 se font à l'aide du CoronaVac, le sérum élaboré cet autre laboratoire privé chinois.
"Sinovac a été un pari gagnant", se félicite auprès de L'Express Rodrigo Yáñez, secrétaire d'Etat aux relations économiques du ministère des Affaires étrangères et chargé de boucler au plus vite les accords avec les fabricants. "En octobre, l'université catholique du Chili a mené les essais cliniques de phase III sur le CoronaVac", détaille-t-il. L'étude, financée par un partenariat public-privé chilien, offre l'avantage de recevoir les doses en priorité - 60 millions sur trois ans - avec, en prime, une ristourne de 25 %. Seul hic, le sérum chinois dépasse à peine 50% d'efficacité, selon un institut brésilien.
Les liens privilégiés entre Santiago et Pékin ne suffisent toutefois pas à résumer le succès de la stratégie vaccinale. "Une chose est d'avoir les flacons, une autre est de les répartir du nord au sud du pays, rappelle Soledad Martínez, docteure en santé publique à l'université du Chili. Pour cela, nous disposons depuis les années 1950 d'un solide réseau de centres de santé de proximité et plus de 1 300 points de vaccination."

Le président chilien Sebastian Pinera s'adresse au pays le 26 octobre 2019
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Charge aux maires d'assurer la bonne distribution des doses. Une responsabilité qui a poussé certains édiles à redéfinir la liste des publics prioritaires, à quelques semaines des élections... "Clientélisme ? Bien sûr, mais cet épisode est derrière nous et n'a concerné que 40 000 privilégiés", coupe Soledad Martínez, qui préfère insister sur l'adhésion massive de la population, dans un pays où le mouvement antivax demeure insignifiant.
Reste à savoir quand se feront sentir les premiers effets de la vaccination sur la transmission du virus. Il y a urgence. On dénombre officiellement au Chili plus de 21 700 morts. Et en cette fin d'été austral, le pays de l'extrême-sud du continent américain enregistre une hausse vertigineuse des contaminations.
