Aux États-Unis, un vent de réforme semble souffler sur le système policier, afin de rassurer les manifestants contre les violences policières et le racisme au sein de l'institution. Le président américain Donald Trump va ainsi tenter, ce mardi, de répondre à la colère du pays avec un décret visant à encourager les bonnes pratiques au sein des unités locales des forces de l'ordre, ont révélé lundi des responsables de la Maison Blanche.
Trois jours après la mort à Atlanta de Rayshard Brooks, un Afro-Américain qui cherchait à éviter une interpellation pour ébriété - un drame ayant relancé les manifestations contre les violences policières - deux responsables de la Maison Blanche ont déclaré à des journalistes que Donald Trump souhaitait lier l'attribution de subventions fédérales à la modernisation des standards de maintien de l'ordre dans les unités de police du pays.
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"Le but est de faire en sorte que la police soit plus proche des habitants. Nous ne cherchons pas à couper les financements de la police. Nous cherchons à investir plus et à promouvoir les meilleures pratiques", a déclaré l'un des responsables, en référence à l'un des slogans ayant fait son apparition dans les manifestations qui ont secoué les États-Unis ces dernières semaines : "Defund the police" ("Coupez les fonds à la police").
"Cette conversation dont le pays a besoin"
"Beaucoup des unités de police qui ont eu des problèmes n'utilisent pas les normes les plus modernes", a-t-il déclaré, citant Minneapolis, la ville où l'Afro-Américain George Floyd est mort le 25 mai sous le genou d'un officier blanc, et dont l'interpellation filmée a déclenché une vague de protestation historique. Selon ce responsable, la police doit embaucher plus d'agents localement et a besoin d'une base de données permettant de connaître les antécédents des agents ayant exercé ailleurs dans le pays.
Il faut également plus de personnes formées à gérer les problématiques de santé mentale et habilitées à répondre aux incidents aux côtés de la police, selon lui. Donald Trump recevra dans la journée de ce mardi des représentants de la police et de familles de victimes de violences policières à la Maison Blanche afin "d'avoir cette conversation dont le pays a besoin", a ajouté le responsable, sans donner plus de détails sur le contenu du décret.
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Depuis le début du mouvement, le président américain s'est montré très évasif au sujet des réponses à apporter aux revendications des manifestants. Les élus démocrates du Congrès ont eux déposé un texte de loi qui s'attaque, entre autres, à la large immunité légale dont jouissent les policiers, et qui préconise également l'interdiction de pratiquer des clés d'étranglement et la création d'un registre national pour les policiers commettant des bavures.
Réforme de la police d'Atlanta
À plus de 1000 kilomètres de Washington, la maire d'Atlanta a, de son côté, pris des mesures drastiques pour tenter d'enrayer les violences policières. Vibrante de colère, Keisha Lance Bottoms a annoncé lundi des réformes immédiates de la police de sa ville, où Rayshard Brooks a été abattu par un policier blanc. "Je suis furieuse, je suis triste et je suis frustrée" a-t-elle lancé en dénonçant lors d'une conférence de presse "le meurtre" du jeune homme.
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Cet Afro-Américain de 27 ans a été tué vendredi soir alors qu'il cherchait à éviter à une interpellation pour ébriété sur la voie publique. "Ça n'aurait pas dû finir ainsi", a estimé Keisha Lance Bottoms, très émue. "Nos agents de police doivent être des gardiens et pas des guerriers", a-t-elle poursuivi. Les changements annoncés, qui font suite à la démission de la cheffe de la police, portent sur les techniques de désescalade, la formation des agents à l'usage de la force et leur obligation de faire un rapport s'ils assistent à des abus de la part de leurs collègues.
C'est "un premier pas" avant d'autres mesures, mais "il n'y a pas une minute à perdre", a estimé l'édile, elle-même afro-américaine, qui est pressentie comme possible colistière du candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden.
Vent de changement
Plusieurs villes ont déjà entrepris d'interdire des pratiques controversées, comme la prise d'étranglement. Marquée à vif, Minneapolis est allée plus loin en annonçant un démantèlement de son département de police, pour remettre à plat tout le système.
La maire démocrate de Chicago Lori Lightfoot, elle-même afro-américaine, a annoncé à son tour lundi la création d'un groupe de travail pour réviser les règles d'engagement de la police locale. En Californie, plusieurs syndicats policiers ont promis de se débarrasser des agents racistes. Et à New York, le commissaire Dermot Shea a promis de réaffecter 600 agents, notamment vers des missions de proximité.
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La police new-yorkaise, le plus grand service des États-Unis, va ainsi démanteler une brigade de policiers anticriminalité en civil, a annoncé son chef lundi. La brigade était consacrée à la traque des crimes violents et avait été impliquée dans certaines des fusillades policières les plus notoires de la ville la plus peuplée des États-Unis, selon le New York Times.
"Ne vous y méprenez pas, il s'agit d'un changement radical de la culture de la police de New York", a assuré Dermot Shea. Ces 600 agents vont être redéployés à d'autres postes, notamment à la surveillance, la police de proximité ou à des missions d'enquête. "Je pense qu'il est temps d'avancer et changer la façon dont nous faisons la police dans cette ville. Nous pouvons le faire avec nos têtes, de façon rusée, nous pouvons nous éloigner de la force brute", a insisté Dermot Shea à la presse.
La NYPD, forte d'environ 36 000 policiers, a été accusée de multiples bavures dans la répression des protestations contre le racisme après la mort de George Floyd. Certains agents ont été filmés en train de pousser des manifestants à terre ou encore d'utiliser du gaz poivre après avoir ôté le masque de l'un d'entre eux, des faits qualifiés de "troublants" par le chef de la police new-yorkaise.