La victoire de Joe Biden et le retour des démocrates aux affaires ne sont pas forcément de bonnes nouvelles pour le régime de La Havane. Certes, depuis quatre ans, Donald Trump a multiplié les sanctions pour affaiblir l'économie de l'île en frappant les secteurs du tourisme, du petit commerce, de la finance, en interdisant les transferts de cash et les voyages sur l'île et, le 12 janvier dernier, en plaçant Cuba sur la liste infamante des pays qui soutiennent directement le terrorisme - la liste inclut la Corée du Nord, l'Iran et la Syrie.

Mais cette posture maximaliste n'était pas pour déplaire aux dirigeants castristes, dont le discours se nourrit depuis toujours de la victimisation face à "l'empire" et de l'hystérisation du conflit entre les deux pays. "Aucun doute, la politique de Donald Trump a aidé les secteurs du pouvoir cubain favorables à l'immobilisme", explique au téléphone Manuel Cuesta Morua, historien et célèbre dissident afro-cubain, qui prône une transition pacifique par la voie électorale.

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"En réalité , poursuit l'intellectuel, Barack Obama, avec sa politique de la main tendue, a fait davantage pour affaiblir le régime que toutes les sanctions de Trump." Sur l'île, le souvenir de son voyage à Cuba en 2015 et de son discours à la télévision cubaine perdure.

"Barack Obama a considérablement fait évoluer les mentalités"

"Lorsque les Cubains ont vu cet Afro-Américain leur expliquer qu'ils devaient résoudre leurs problèmes par eux-mêmes et que les Etats-Unis n'étaient pas leurs ennemis, la mythologie castriste a reçu du plomb dans l'aile. Le développement quotidien des échanges familiaux et commerciaux - notamment entre autoentrepreneurs cubains et patrons de PME de Floride -, qui s'est ensuivi, a considérablement fait évoluer les mentalités", dit encore Cuesta Morua, qui espère voir Joe Biden reprendre les choses là où Barack Obama les a laissées.

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Il n'est pas dit que le Parti communiste cubain (PCC) l'entende de cette oreille. L'intitulé du 8e congrès du PCC, prévu en avril prochain, n'est guère encourageant : "Congrès de la continuité historique" ! Fait symbolique : Raúl Castro, 89 ans, premier secrétaire du parti, et José Ramón Machado Ventura, 90 ans, deuxième secrétaire, abandonneront alors leur fonction. Simultanément ou presque, l'administration Biden mettra en oeuvre sa "nouvelle politique" à l'égard de Cuba."Elle repose sur deux principes, a fait savoir la porte-parole de la Maison-Blanche. Le premier, le soutien à la démocratie et aux droits de l'homme. Le second, les Américains d'origine cubaine, qui ont toujours des liens familiaux sur l'île, sont les meilleurs ambassadeurs de la liberté à Cuba."

Un tournant ? Espérons-le. Car, selon l'ONG Prisoners Defenders, plus de 100 détenus politiques (Denis Solis, Luis Robles, Aymara Nieto...) croupissent toujours dans les prisons sordides de l'île. Sans compter les 8500 "asociaux", âgés pour la plupart de 20 à 30 ans, coupables de rien, mais dont "l'attitude est en contradiction avec la morale socialiste", et qui présentent, selon le jargon de la dictature, "une dangerosité sociale pré-délictuelle" . Et qu'à ce titre, par précaution, il faut jeter en prison...