Sleepy Joe (Joe l'endormi), vraiment ? Contrairement au méchant sobriquet imaginé par Donald Trump, le 46e président américain avait l'air très éveillé en répondant aux questions de George Stephanopoulos, le 16 mars. Lorsque le journaliste de la chaîne ABC lui a demandé s'il considérait Vladimir Poutine comme un tueur, Biden a répondu "oui" sans ciller, un peu à la manière de Reagan désignant "l'empire du mal".

Deux jours plus tard, son secrétaire d'Etat Antony Blinken était à l'offensive, en Alaska, cette fois. Face à son homologue chinois lors d'une première rencontre - glaciale - entre les "deux grands", le ministre des Affaires étrangères n'a pas fait de périphrases : "Pékin représente un danger pour l'équilibre du monde, en raison de son agressivité vis-à-vis de Taïwan et de Hongkong, de sa répression à l'encontre des Ouïgours ; à cause des pressions commerciales sur ses voisins et du fait de cyberattaques contre les Etats-Unis."

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La Maison-Blanche mène ces jours-ci une offensive diplomatique de grande ampleur qui surprend la planète, y compris certains de ses alliés comme l'Arabie saoudite et la Turquie - à qui Washington demande de renoncer aux missiles russes S-400, incompatibles avec l'appartenance d'Ankara à l'Otan.

Le danger de cibler simultanément Pékin et Moscou

Il apparaît que Joe Biden et "Tony" Blinken entendent clarifier le "grand jeu" international en traçant une ligne nette entre les régimes non démocratiques et l'Occident, c'est-à-dire, pour faire simple, les pays de l'Otan. Ces derniers scellent leurs retrouvailles, ce mardi et mercredi, à l'occasion de la première rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays de l'organisation transatlantique, à Bruxelles.

"Le monde s'est trompé sur Biden", estime Jacob Heilbrunn, très respecté à Washington - il dirige la revue et le think-tank conservateurs The National Interest. "Entouré de faucons démocrates, cet homme ambitieux entend refaire des Etats-Unis le leader du monde libre et un pays admiré, comme au temps de John F. Kennedy (1961-1963)." Cette volonté de recréer de la dissuasion comporte une part de risque : c'est sous JFK que la guerre froide connut son apogée, avec la construction du mur de Berlin à l'été 1961 et la crise des missiles en octobre 1962, à Cuba.

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De plus, il existe un danger à cibler simultanément Pékin et Moscou, à la différence de ce qu'avait fait Richard Nixon, en 1972, en misant sur la première pour affaiblir la seconde. Par effet mécanique, Poutine et Xi se retrouvent désormais dans la position d'alliés objectifs contre l'Amérique, même si la montée en puissance de la Chine demeure la principale angoisse existentielle de la Russie voisine.

Quoi qu'il en soit, en renouant avec l'idée exaltante de "l'exceptionnalisme américain" et en désignant nommément ses ennemis (la Chine et la Russie), Joe Biden nourrit, aussi, des arrière-pensées politiques, avec l'espoir de ressouder sa nation. Dont l'affaiblissement et les divisions internes - il le sait - ont commencé peu après la chute du mur de Berlin avec la disparition de son rival majuscule, l'URSS.