Pas une apparition publique, pas même un tweet. Plus de 40 heures après sa défaite serrée face à l'ancien président socialiste Lula, le président d'extrême droite sortant Jair Bolsonaro reste muré dans le silence. Après avoir perdu d'une courte tête dimanche soir (49,1% des voix contre 50,9%), le chef d'État - toujours en exercice - s'était isolé dans sa résidence officielle d'Alvorada à Brasília, sans faire la moindre déclaration.
Ce lourd silence, dont Lula avait dit être "inquiet" dès dimanche soir, rappelle à beaucoup de Brésiliens que le dirigeant du Parti Libéral a maintes fois menacé de ne pas reconnaître le verdict des urnes s'il perdait. "Seul Dieu peut m'arracher au pouvoir", avait-il déjà clamé en 2021, insinuant par la suite à de nombreuses reprises qu'il pourrait ne pas reconnaître le verdict des urnes s'il n'était pas réélu. Anticipant déjà ces difficultés, Lula a demandé dimanche 30 octobre au gouvernement sortant d'être "civilisé" et de comprendre qu'"il est nécessaire de faire une bonne passation de pouvoir". Selon la tradition brésilienne, celle-ci devrait avoir lieu le 1er janvier.
La période de transition a immédiatement démarré de manière tendue, quelques heures après le vote, lorsque des camionneurs et des manifestants pro-Bolsonaro refusant de reconnaître sa défaite ont bloqué des autoroutes dans tout le pays, brûlant des pneus et stationnant des véhicules au milieu de la route pour interrompre le trafic.
La tension monte sur les autoroutes du pays
Lundi 31 octobre au soir, le juge de la Cour suprême Alexander de Moraes a ordonné à la police de disperser immédiatement les barrages, sans succès. "Nous en libérons un, et un autre se forme", indiquait alors à la radio CBN le chef de la police routière fédérale. Mardi 1er novembre au matin, les blocages se sont encore intensifiés sur les routes brésiliennes, la police rapportant 250 barrages routiers dans 23 des 27 États du pays.
Sur les réseaux sociaux, les appels au rassemblement sur la Place des Trois Pouvoir de Brasília, où se trouvent le Palais présidentiel, la Cour suprême et le Parlement se multiplient. La sécurité y a été renforcée, en prévision de la possible arrivée de manifestants pro-Bolsonaro, selon le secrétariat de la Sécurité publique du district.
La victoire de Lula da Silva a été saluée par les dirigeants du monde entier, de Washington à Delhi, en passant par la Commission européenne. Beaucoup ont exprimé leur impatience de renouer des relations solides et productives avec Brasília, après quatre années d'isolement diplomatique sous Jair Bolsonaro.
Le début de mandat s'annonce néanmoins compliqué pour Lula. L'icône de la gauche brésilienne devra gouverner avec une population divisée, des opposants suspendus aux réactions de Jair Bolsonaro ainsi qu'un Parlement hostile. "Il n'y a pas deux Brésil", clame Lula. La réalité semble pourtant bien plus complexe.
