Douze années ont passé depuis le départ de Lula. Depuis, la gauche n'a pas été capable de produire d'autre leader que le charismatique syndicaliste devenu président, âgé aujourd'hui de 77 ans. C'est l'un des enseignements de la courte victoire (50,9 %) du fondateur du Parti des travailleurs (PT), dimanche 30 octobre, qui, au passage, parachève la "vague rose" en Amérique latine.
Désormais, les principales démocraties - Mexique, Colombie, Argentine, Chili, Pérou, Bolivie - sont teintées de la même couleur. Et l'on peut se réjouir de la fin de Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l'armée et président baroque, qui a transformé en paria planétaire l'un des pays les plus populaires du monde. Cela, en brutalisant l'Amazonie, en militarisant la politique, en ignorant le Covid (bilan de 700 000 morts) ou encore en multipliant les propos insultants vis-à-vis du couple Macron.
Mais le retour de Lula ne doit pas faire oublier que ses deux premiers mandats (2003-2010) ont correspondu à "l'affaire Odebrecht" (entreprise brésilienne du BTP), c'est-à-dire au plus grand système de corruption politique jamais monté à l'échelle du continent. Ni que la gouvernance du PT s'est soldée par la fuite d'une large partie du vote populaire et de la classe moyenne vers Bolsonaro. Plus récemment, Lula s'est démonétisé à l'étranger par une sortie sidérante - qui a ravi Poutine - à l'adresse du président ukrainien : "Zelensky, tu es un bon humoriste, mais on ne va pas soutenir une guerre pour que tu puisses te donner en spectacle." Lula reste un mythe dont la voix porte. Mais ce n'est pas un saint.
