Plus qu'une simple affaire de carton d'invitation, la liste des invités au "Sommet pour la démocratie", organisé les 9 et 10 décembre aux Etats-Unis, illustre les rivalités géopolitiques à l'oeuvre entre les grandes puissances mondiales. Promesse de campagne du candidat démocrate, l'événement est conçu de sorte que Joe Biden mette en musique sa vision de la démocratie à travers le monde. Un rendez-vous entre grands dirigeants, membres de la société civile et acteurs du secteur privé, qui doit permettre "d'établir un programme affirmatif pour le renouveau démocratique" et de "s'attaquer aux plus grandes menaces auxquelles les démocraties sont confrontées", comme l'indique le Département d'Etat américain.

En choisissant de ne pas inviter Vladimir Poutine et Xi Jinping au sommet, le président américain entend-il montrer que la Russie et la Chine, par leurs pratiques autoritaires du pouvoir dénoncées par les Occidentaux, constituent des "menaces" pour l'équilibre des relations internationales ? Joe Biden ne s'en est jamais caché depuis son arrivée à la Maison-Blanche : il entend endosser le costume du défenseur du "monde libre", face aux "autocraties" incarnées à ses yeux par la Chine et la Russie.

Taïwan au coeur de la rivalité sino-américaine

Une position assumée, mais qui a naturellement mécontenté les principaux concernés. "Les Etats-Unis préfèrent créer de nouvelles lignes de division, diviser les pays en bons, selon eux, et mauvais, selon eux", a ainsi déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d'un point de presse téléphonique, ce mercredi. La Chine, de son côté, s'est vivement offusquée de l'invitation faite à Taïwan pour le sommet mondial, en exprimant sa "ferme opposition". "Taïwan n'a pas d'autre statut en droit international que celui de partie intégrante de la Chine", a martelé devant des journalistes un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian. L'île de la mer de Chine est au coeur des rivalités entre la Chine et les Etats-Unis. Pékin considère Taïwan comme l'une de ses provinces, alors que Washington insiste sur son autonomie.

LIRE AUSSI : Alerte maximum à Taïwan : comment la Chine accentue sa guerre psychologique

Signe de ce bras de fer, les autorités taïwanaises ont remercié le président américain de son invitation. "Grâce à ce sommet, Taïwan pourra partager son expérience de réussite démocratique", a déclaré à la presse Xavier Chang, porte-parole du bureau de la présidence. Une marque de politesse perçue à Pékin comme une énième provocation.

L'Inde et le Brésil convié, malgré les critiques

Le sommet pour la démocratie s'articulera autour de trois thèmes clés, selon la diplomatie américaine : "la défense contre l'autoritarisme", la lutte contre la corruption et la promotion du "respect des droits de l'homme." Organisé cette année virtuellement, il doit déboucher l'année prochaine sur une rencontre physique. La liste des autres invités, comme l'Inde ou le Pakistan, régulièrement accusés de violations des droits de l'homme, ont fait grincer des dents les recalés de l'événement.

L'Inde, souvent qualifiée de "plus grande démocratie du monde", sera présente malgré les critiques fréquentes des défenseurs des droits de l'Homme à l'endroit de son Premier ministre, Narendra Modi. Tout comme le Pakistan, en dépit de relations en dents de scie avec Washington. La Turquie, elle, n'a pas été conviée. Bien qu'alliée de Washington au sein de l'Otan, Joe Biden a par le passé qualifié son président Recep Tayyip Erdogan "d'autocrate." L'allié historique des Etats-Unis, Israël, sera lui du rendez-vous. Avec l'Irak, ce sera le seul pays du Moyen-Orient convié : l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar ou les Emirats arabes unis seront ainsi absents.

Signe de sa volonté d'illustrer sa politique étrangère comme un bras de fer avec Moscou et Pékin, Joe Biden a également décidé d'inviter le président d'extrême droite du Brésil, le très controversé Jair Bolsonaro. Ainsi que la Pologne, malgré les tensions récurrentes avec Bruxelles au sujet du respect de l'Etat de droit. La Hongrie du Premier ministre Viktor Orban, elle, sera absente. Côté africain, la République démocratique du Congo, le Kenya, l'Afrique du Sud, le Nigeria et le Niger font partie des pays invités.