Aux États-Unis, la mobilisation est passée à un nouveau stade. Après quelques mobilisations, en 2020, concernant le manque de protection offert par l'entreprise face au Covid-19, le site Amazon de Bessemer, en Alabama, vient de conclure lundi soir un vote historique pour la création d'un syndicat. A la clé, une possible représentation pour les 5800 employés de l'entrepôt dont une majorité se considère traités comme des "robots". Amazon attend désormais fébrilement le résultat des urnes qui pourrait faire boule de neige à travers le pays.

La fronde contre les conditions de travail chez le géant de la vente en ligne se propage également dans le monde entier. La crise du Covid-19, durant laquelle le groupe a réalisé d'énormes bénéfices (+88 milliards d'euros de chiffre d'affaires en un an), a en contrepartie accéléré la cadence imposée à ses salariés. En France, autour du célèbre "Black Friday", les syndicats CGT d'Amazon France avaient appelé à la grève pour demander une augmentation de deux euros de l'heure et une prime de 1000 euros. Au même moment, un slogan porté par plusieurs associations et ONG, largement relayé sur les réseaux sociaux, #MakeAmazonPay, incitait massivement au débrayage, partout sur la planète. Des mouvements sans lendemain.

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Depuis quelques jours, c'est au tour des travailleurs italiens et allemands d'Amazon de monter au créneau. Avec cette fois un certain retentissement. Puisque à la différence des États-Unis, les syndicats sont déjà présents dans les entrepôts européens.

Mouvement national en Italie

Le syndicat Verdi a ainsi appelé, dimanche, à une grève de quatre jours dans six sites allemands, dont Werne, Leipzig ou encore Coblence. Au total, 2000 salariés de la firme fondée par Jeff Bezos y ont répondu dès lundi, précise l'AFP. Ils dénoncent, comme aux États-Unis, la dégradation de leurs conditions de travail, tout particulièrement depuis le début de la crise sanitaire.

Amazon indique pourtant de son côté avoir adapté plus de 150 procédures de travail dans ses centres, entre actions de désinfection, mesure de la température à l'entrée du bâtiment, exigence de port du masque, règles de distance de 2 mètres entre salariés et horaires aménagés. La grève ne devrait pas bouleverser la livraison des colis. La branche allemande d'Amazon compte au total 23 000 employés répartis sur 15 sites.

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En Italie, les syndicats locaux avaient également appelé à une grève, il y a une semaine, relaye Les Échos. Une première dans la Botte. L'échelle était plus large qu'en Allemagne : les magasiniers et les livreurs, soit pas loin de 40 000 personnes, étaient invités à cesser la livraison des colis dans le pays. Une façon, pour eux, de dénoncer leurs modestes payes : jusqu'à 1644 euros brut par mois pour les mieux payés, en échange de plus de 40h de travail hebdomadaire.

En Inde, les livreurs sont aussi en colère contre Amazon. Depuis le 15 mars, l'entreprise a réduit de 25 roupies (environ 30 centimes d'euros) le montant versé aux chauffeurs (essentiellement des sous-traitants) qui embarquent les colis de la compagnie, écrit le site Rest of The World. La Fédération indienne des travailleurs des transports dépendant de plateformes (IFAT), souhaite une grève nationale de 24h. Sans en préciser encore la date. Des petits mouvements ont pour l'instant sporadiquement pris forme, comme à Pune (ouest). La crise couve. "Nous gagnons moins d'argent après avoir travaillé plus", a déploré l'un d'eux, au site Rest of The World.