Robben Island, l'île-prison où Nelson Mandela a été incarcéré pendant ses 17 premières années de détention (27 ans au total), est le musée le plus populaire d'Afrique du Sud. Trente ans, quasiment jour pour jour, après la libération (le 11 février 1990) de l'icône de la lutte contre l'apartheid, l'ancien bagne est aujourd'hui une entreprise touristique lucrative, dans un pays rongé par la corruption.

Au pic de l'été austral, quelque 2 500 touristes embarquent quotidiennement pour l'île, située au large du Cap. Guidés par mégaphone, les visiteurs sont répartis dans des bus. Depuis la carrière de calcaire, où s'échinaient les bagnards, jusqu'au village des gardiens de prison, le site est savamment exploité. L'émotion va crescendo à l'arrivée dans la prison de haute sécurité, où chacun peut faire un selfie devant la cellule du plus célèbre prisonnier du monde.

Soupçons de corruption

Si le voyage dans le passé est plutôt réussi, les autorités du musée de Robben Island (RIM) ont plus de mal à gérer le présent. Créé en 1997, l'établissement, agité par les conflits sociaux, est soupçonné de corruption. Le personnel a entamé une grève au début du mois de janvier. Les représentants syndicaux, qui réclament une augmentation de salaire de 10%, sont soupçonnés d'avoir saboté un bateau. Ils menacent de reprendre leur action en février.

LIRE AUSSI >> Mandela: "Prenez vos armes à feu et jetez-les à la mer"

"Mais le pire, c'est que personne n'a jamais rendu public le rapport sur la corruption !", souligne Mpho Masemola. Le secrétaire général de l'association des anciens prisonniers politiques dénonce la mauvaise gouvernance du musée. Il affirme qu'un bateau, acheté à Singapour plus de 60 millions d'euros, n'a jamais passé les contrôles de sécurité maritime. "Nous nous enchaînerons dans nos anciennes cellules si rien ne s'améliore !" a-t-il menacé.

Rapport sur la gouvernance

L'affaire est prise très au sérieux. Une commission d'enquête a été créée en décembre 2018 par le ministère de la Culture. Elle s'est soldée, un an plus tard, par la démission de plusieurs membres du conseil d'administration. Nommé directeur du RIM, Michael Masutha, ancien ministre de la Justice, a reconnu que le musée aurait pu être mieux entretenu.

Avec ses 350 000 visiteurs annuels et un budget subventionné à hauteur par l'État, le musée de Robben Island fait beaucoup d'envieux, dans un pays où nombre d'entreprises sont en faillite."Il est normal que les contribuables nous demandent des comptes", reconnaît Morongoa Mamaboa, porte-parole du RIM. Elle assure que le rapport sur la gouvernance sera rendu public dès que la nouvelle direction en aura pris connaissance.