À plus de 10 000 kilomètres au sud de Londres, les producteurs d'oranges et de citrons vont avoir de bonnes raisons de déboucher du boschendal millésimé. Tout comme les agrumes produits dans le Kwazulu-Natal (dans l'est de l'Afrique du Sud) ou la vallée du Limpopo (nord), ce vin pétillant de la région du Cap a de grandes chances de se faire une place sur les tables britanniques. L'ancien pays de l'apartheid va en effet se retrouver doublement gagnant grâce au Brexit.

Non seulement il va conserver le bénéfice des accords commerciaux signés avec l'Union européenne, mais il devrait aussi trouver de nouveaux débouchés au Royaume-Uni, qui est importateur net de fruits et légumes. "À terme, le Royaume-Uni devrait s'orienter vers des politiques d'importations plus permissives, tandis que l'Europe va se fermer sur elle-même pour protéger ses producteurs", prédit, confiant, Gerrit van der Merwe. Le patron d'ALG Estates dirige une exploitation de 900 hectares dans la vallée de l'Olifants, près du Cap. Sa famille y cultive des oranges depuis huit générations. Elle exporte l'essentiel de sa production vers l'Union européenne, notamment l'Angleterre.

70 millions de litres de vin en plus

Avec près de 2 millions de tonnes produites chaque année, l'Afrique du Sud est le deuxième exportateur mondial d'agrumes. Si le marché de l'orange marque le pas à cause de la concurrence espagnole et brésilienne, celui de la mandarine semble très prometteur. "Nous travaillons sur plusieurs variétés, notamment pour les Anglais qui veulent un fruit facile à éplucher", explique Deon Joubert, envoyé spécial à Bruxelles de l'Association des planteurs d'agrumes sud-africains, lui aussi très optimiste sur les débouchés à venir du marché britannique.

LIRE AUSSI >> "Hard Brexit" : les Britanniques pourraient perdre 30 milliards d'euros, selon l'ONU

En plus des agrumes, l'Afrique du Sud devrait pouvoir vendre 70 000 tonnes de sucre supplémentaires, mais aussi 18 000 tonnes de poires, abricots et pêches en boîtes. Enfin, le vin africain devrait tirer son épingle du jeu de ce new deal. Pretoria était jusqu'ici limité par les quotas européens, mais cette barrière devrait tomber.

Si les accords en cours de négociation avec Londres se confirment, ce pays - l'un des membres fondateurs du Commonwealth - pourra, dès 2021, exporter 70 millions de litres de vin en plus vers le Royaume-Uni. De son côté, ce dernier entend bien s'implanter davantage dans la deuxième économie d'Afrique derrière le Nigeria. Des investissements auront certainement lieu à partir de 2021. Cela vaut bien quelques bulles de boschendal...