Le Texas n'était pas vraiment réputé pour son progressisme. La situation s'est encore dégradée ces derniers jours. Depuis le 1er septembre, la procédure d'avortement au-delà de six semaines de grossesse est illégale dans ce bastion républicain. Sans exception pour le viol et l'inceste. Une nouvelle loi, promulguée mardi par le gouverneur Greg Abbott, porte un coup à un autre droit fondamental : le vote.

La SB1, de son petit nom, devrait entrer en vigueur d'ici 2022. Celle-ci interdira notamment de valider son bulletin en "drive-in", comme cela a été le cas lors la dernière élection présidentielle, et instaure diverses restrictions sur les horaires de vote ; il sera notamment impossible de voter avant 13 heures le dimanche.

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Si le Républicain Greg Abbott défend une mesure visant à garantir l'intégrité des élections au Texas et à limiter la fraude, de nombreux observateurs dénoncent une initiative discriminant les minorités, qui votent traditionnellement démocrate.

Que dit le texte ?

La liste des changements est relativement longue. Elle impacte surtout les populations séduites par les nouveaux modes de vote, comme le "drive-in". Valider son choix depuis son véhicule ne sera donc plus autorisé. CBS News rappelle que 127 000 personnes avaient opté pour cette forme de vote dans le comté de Harris, le plus peuplé du Texas.

Dans ce même comté, il ne sera d'ailleurs désormais plus possible de voter la nuit. Mais seulement entre 6 heures et 22 heures. Là encore, une majorité de personnes issues des minorités bénéficiaient de cette adaptation.

Concernant le vote par mail - déjà très restreint - de nouvelles justifications d'identité seront demandées afin de valider son bulletin. Comme leur numéro de sécurité sociale.

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Des sanctions pénales sont désormais prévues pour ceux qui aideraient quelqu'un à voter - au-delà de la simple lecture d'un bulletin ou l'explication de son fonctionnement. Aucun bulletin de vote par correspondance ne pourra être envoyé aux électeurs qui n'en ont pas fait la demande. Il ne sera également plus possible de voter le dimanche avant 13 heures.

Enfin, le pouvoir des "observateurs" est renforcé dans les bureaux. Ces "surveillants" de scrutins avaient suscité la polémique lors du duel Trump-Biden. Un certain nombre dénonçant sans fondement des fraudes, au détriment, bien sûr, du candidat républicain.

Pourquoi a-t-il été voté ?

Cette nouvelle loi "facilite l'accès au vote", a justifié Greg Abbott, mardi. Le gouverneur estime que "personne ayant le droit de voter ne sera privé de l'opportunité de voter. [La loi] complique en revanche la tâche des tricheurs qui veulent déposer un bulletin illégal."

Il souligne par ailleurs que la nouvelle loi permettrait de voter pendant douze jours avant un scrutin et que certains électeurs pourraient obtenir de voter sur leur temps de travail. Plutôt pratique, car les élections fédérales (dont la présidentielle) ont lieu en semaine, le mardi.

Mais la mesure entre plutôt dans un mouvement de fond aux Etats-Unis, nourri par les allégations infondées de fraudes massives à la présidentielle de 2020 propagées encore aujourd'hui par le perdant républicain Donald Trump.

Depuis janvier, au moins 18 Etats ont adopté 30 lois électorales restrictives et des dizaines d'autres sont en cours d'examen, selon le groupe de réflexion Brennan Center for Justice. La Floride, l'Arizona ou encore le Kansas procèdent ainsi, précise le Washington Post, tandis que la Californie et des Etats de l'est du pays planchent plutôt pour des assouplissements.

Chaque camp modifie les règles à sa guise afin de favoriser son électorat. Le Texas n'échappe pas à la mode, mais frappe particulièrement fort. Beaucoup y voient des dispositions spécialement conçues contre les minorités. D'après une ONG locale de défense des droits de l'Homme citée par CBS, plus de la moitié des votants par "drive-in" étaient noirs, hispaniques ou asiatiques.

Des recours sont-ils possibles ?

Trois plaintes fédérales ont déjà été déposées, rapporte le Texas Tribune, afin d'empêcher la promulgation de la loi. Deux venant du Comté de Harris, le plus touché par les mesures. Et une d'un groupement d'associations de défense des droits de l'Homme, qui estiment que SB1 viole la Constitution et des lois fédérales : le "Voting Rights Act, le Civil Rights Act, le Americans with Disabilities Act, le Rehabilitation Act de 1973 - et les premiers, quatorzième et quinzième amendements".

Résumé plus simplement, les plaignants déplorent que "ces dispositions nuiront à tous les électeurs du Texas, mais conformément à la tradition de l'ère Jim Crow, le fardeau sera supporté de manière disproportionnée par les électeurs noirs et latinos et les électeurs handicapés".