Robuste patron de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, 52 ans, a renoncé, en novembre 1995, à la course à l'investiture républicaine. Sage décision: naguère étincelante, l'étoile du prophète de la «révolution conservatrice», sacré «homme de l'année» par le magazine Time, a pâli. Les sondages l'attestent: en un an, le taux d'opinions négatives à son égard a doublé; pis, 4 Américains sur 5 refusent au speaker tout destin présidentiel. Le plongeon s'explique. L'entêtement de Gingrich lors du débat budgétaire a lassé. Ses outrances aussi. D'autant que Bill Clinton sut annexer le thème du «trop d'Etat» tout en jurant de veiller au sort des laissés-pour-compte. De plus, divers faux pas auront écorné l'image du gardien intègre de l'ordre moral: un roman un peu leste, l'avance colossale obtenue d'un éditeur, une demi-soeur lesbienne militante, les acrobaties fiscales que passe au crible une commission d'enquête du Congrès... Mais nul doute que l'homme à la tignasse blanche rebondira. Arrogant et bosseur, passionné de stratégie militaire, hanté par sa place dans l'Histoire, il sait qu'un solide perchoir au Capitole vaut tous les bureaux de la Maison-Blanche, fussent-ils ovales.