Le diagnostic de M. Claude Miller est sans appel : la télévision « embourgeoise » l'inspiration des cinéastes et privilégie les oeuvres formatées au détriment des oeuvres d'art novatrices. Nous aurions aimé que Claude Miller nous dise quels films novateurs et importants nous avons refusé de financer au cours des années récentes. Certainement pas ses films à lui, que nous avons tous coproduits, ni les films de Jacques Audiard. Mentionnons aussi Indigènes,de Rachid Bouchareb, ou Persepolis,de Marjane Satrapi, tous films qui ne sont pas, à nos yeux, des symboles évidents de l'embourgeoisement du cinéma français ! Nous ne prétendons pas avoir la compétence de Claude Miller qui, apparemment, sait quels films l'Histoire retiendra. Cette année, nous avons coproduit également la palme d'or, Entre les murs, de Laurent Cantet, et le césar du meilleur film, La Graine et le mulet,d'Abdellatif Kechiche.

On comprend pourquoi Claude Miller n'invoque aucun exemple précis de choix manifestant notre aveuglement d'« experts- comptables plus soucieux de l'avenir de leur entreprise que de celui du cinéma » : il n'a tout simplement aucun argument à mettre en avant. Il a d'ailleurs été pendant plusieurs années membre du conseil d'administration de France 3 Cinéma et personne ne se souvient l'avoir jamais entendu émettre la moindre réserve sur la ligne éditoriale suivie par cette filiale.

Nous attendions mieux de la part d'un réalisateur de la pointure de Claude Miller, nous qui essayons de concilier à longueur d'année l'aide aux grands seniors, afin qu'ils puissent poursuivre leur oeuvre, et le soutien aux jeunes talents qui peuvent contribuer au renouvellement du cinéma français. Que Claude Miller continue donc à faire des films et nous les examinerons avec intérêt à France Télévisions, car nous ne sommes pas rancuniers. Claude Miller le sait d'ailleurs très bien, puisque sa fausse véhémence est soigneusement calculée : il n'hésite pas à lancer des anathèmes méprisants contre les « apparatchiks » du service public, alors qu'il se montre beaucoup plus prudent et bienveillant vis-à-vis de groupes comme UGC ou Orange, dont il loue le libre arbitre ! Il y a des mains que l'on peut mordre et d'autres qu'il vaut mieux lécher.