Il parle à voix basse, sans jamais hausser le ton. Même quand il évoque, à contrecoeur, les «années de plomb». Arrigo Cavallina, 61 ans, a bien connu cette période de l'histoire de l'Italie: il fut l'idéologue des Prolétaires armés pour le communisme (PAC), le groupuscule de Cesare Battisti.
Dans son livre Ma cavale, ce dernier raconte leur rencontre, à la prison d'Udine, en 1977. Sans donner de nom, il mentionne juste une sorte de «curé exalté, un missionnaire allumé à la fois enfiévré et glacial». Cavallina grimace en lisant ces lignes. Il a gardé, lui, le souvenir d'un ami. «Quand je l'ai connu, Cesare était un délinquant de droit commun. Il voulait lire, approfondir sa réflexion politique. Je le trouvais très sympa, un peu macho, mais doté d'un bon sens de l'humour.»
A l'époque, les deux hommes combattent ensemble le système carcéral. En 1978, quand il cherche une planque, Battisti se réfugie chez Cavallina, à Vérone. Quand ce même Cavallina part en vacances en Sardaigne, Battisti est du voyage. Les magistrats chargés de l'enquête sur les PAC verront en lui le «fils spirituel» de l'idéologue.
Trente ans plus tard, alors qu'il reçoit L'Express à Vérone, Cavallina admet ses erreurs («gravissimes») et sa responsabilité dans les dérives des PAC. Donc de Battisti. Sans lui, ce dernier n'aurait pas rejoint les PAC: «J'avais de l'influence sur lui», reconnaît-il.A sa naissance, début 1978, ce groupe peu important (entre 40 et 60 sympathisants à Milan, Vérone, Padoue) n'est qu'une formation parmi d'autres en Italie. Un groupe plus anarchiste que léniniste, qui n'a pas de structure, pas de hiérarchie, mais quelques personnalités en vue. Cavallina pour le verbe, Battisti pour l'action. «Par la suite, Cesare s'est rapproché de ceux qui, à Milan, proposaient sans cesse d'agir», regrette le Véronais.
Après la dissolution des PAC, en 1979, chacun a suivi son chemin, Battisti en exil, Cavallina en prison. Après avoir été condamné à quinze ans d'emprisonnement, l'intellectuel véronais est devenu un autre homme, profondément croyant. Une fois libre, il a consacré sa vie à la religion et à l'aide aux détenus et aux toxicomanes.
De notre envoyé spécial à Vérone