Le rideau s'ouvre. Un murmure saisit la salle. Le plateau est presque vide: un vaisselier, une table ronde avec quatre chaises. Une femme, seule et lasse, engloutit gâteau sur gâteau, apportés par une servante rondelette et désabusée. Pâtisseries sur fond de valses: nous sommes bien à Vienne. En 1874, année de la création de «La Chauve-Souris», quelques mois après le terrible krach qui ruina des milliers d'Autrichiens. L'Alsacien Pierre Strosser a choisi de montrer le chef-d'oeuvre de l'opérette viennoise à Strasbourg, parce que ses compatriotes le connaissent aussi bien que la Bible (prochaines représentations à Mulhouse, les 7, 9 et 10 janvier). Les nostalgiques du bal de l'empereur seront déçus: ni lustres de cristal ni crinolines. Le grand salon du prince Orlofsky doit se contenter de rares chandeliers. La fête est triste, pitoyable même, autre que sa femme déguilorsque le vieux rentier sée. Au dernier acte, une Eisenstein, fou de désir, simple grille sépare le assaille une comtesse hon- salon déserté de la prison groise masquée qui n'est où les protagonistes recouvrent leur véritable identité. Mélange de fange et de guimauve, produit spécifique du vide ou, au contraire, satire d'une société assoiffée de jouissance immédiate, I'étrange cocktail de valses et de polkas concocté par Johann Strauss fils reste controversé. Strosser, lui, hésite Il montre des personnages égoistes et solitaires. Et fait de ses chanteurs - tous excellents - des acteurs à part entière. La jeune Petra Maria Schniter, fraîchement sortie de l'Ecole de musique de Vienne campe une Rosalinde décidée. L'Adèle de Beverly Koch est délicieusement enjouée. Le comédien Bernard Freyd exécute un numéro comique irrésistible en gardien de prison. Les choeurs et l'Orchestre philharmonique de Strasbourg pétillent sous la baguette de Theodor Guschlbauer. Champagne!