Dans le secteur bancaire, la fidélité n'est plus de mise. Autrefois, se poser des questions sur la compétitivité de sa banque constituait presque un crime de lèse-majesté. Aujourd'hui, c'est légitime. Alors que les banques se livrent à une guerre sans pareil, en multipliant les produits financiers et en baissant les taux des crédits immobiliers à qui mieux mieux, certains osent s'interroger sur l'opportunité d'un changement. D'autres succombent même à la tentation. Car de moins en moins de clients sont «terrorisés» à l'idée de transférer leur compte: «Beaucoup d'entre eux pensaient que c'était impossible. Plus maintenant», confie un banquier. Mais, attention, l'infidélité peut coûter cher. Comment en éviter les pièges? Ce ne sont pas les remboursements de crédits à la consommation qui vous enchaîneront à votre banque, si vous voulez la quitter. Vous pouvez continuer à verser la somme correspondante sur votre ancien compte, devenu «dormant». Et, depuis la loi Neiertz, le banquier ne peut plus vous infliger des pénalités si vous décidez de rembourser par anticipation. Tous les crédits à court terme sont logés à la même enseigne. Aucune difficulté majeure non plus pour les sicav. Intéressant, car leurs performances sont très variables d'un établissement à l'autre. Selon une étude de la société de conseil Topgain, pour un capital de 100 000 F, l'écart de rentabilité entre la plus et la moins performante des sicav atteint 5 000 F pour les monétaires, 12 500 F pour les obligations françaises et 21 000 F pour les actions. De quoi s'interroger sur les vertus d'une fidélité excessive. Vous pouvez acheter ce type de produits dans d'autres établissements financiers, sans même quitter votre banque ni même l'avertir. Vous avez aussi le droit d'acquérir les sicav d'une banque X et de demander leur transfert sur votre compte habituel. Seulement, vu les droits de garde que vous devrez payer, mieux vaut y renoncer. Plus l'engagement est important, plus l'infidélité est hasardeuse. C'est le cas du crédit immobilier. Si, après obtention d'un emprunt, votre banquier vous insupporte définitivement, vous avez deux possibilités. D'abord - et c'est la solution la plus facile - vous pouvez transférer votre compte dans une autre banque, en virant tous les mois le montant exact des traites. Pas de panique, c'est légal. Même si le banquier que vous quittez vous met en garde, vous ne risquez rien. Il ne vous poursuivra pas. Autre solution, plus compliquée: choisir le remboursement par anticipation. Le banquier abandonné n'hésitera pas à vous faire payer votre trahison sous forme de pénalités: selon la loi Scrivener de juillet 1979, elles correspondent à un se-mestre d'intérêts sur le capital remboursé. Et au maximum à 3% du capital restant dû avant le remboursement. Heureusement, quelques banques se montrent plus souples et acceptent de négocier des conditions de sortie un peu plus favorables. Enfin, profiter des meilleurs taux de crédit immobilier à l'extérieur tout en restant dans votre banque ne présente pas d'obstacles majeurs. Certes, la banque prêteuse exige souvent la domiciliation des revenus. Justification d'un professionnel: «Pour nous, le seul remboursement d'un crédit n'est pas rentable.» Mais, attention, la domiciliation n'est absolument pas obligatoire, malgré les pressions que les banques exercent, particulièrement sur les emprunteurs à revenus modestes. Certains établissements, comme la Caisse d'épargne Ile-de-France, n'exigent ni domiciliation ni compensation en cas de remboursements anticipés. Le succès ne s'est pas fait attendre, d'autant que le taux de leur crédit immobilier est passé à 8,95%: la clientèle pour ce type de service a augmenté de 80% en un an. Les banques, affolées par cette inconstance, n'ont désormais qu'un seul mot d'ordre: fidéliser leur clientèle. Notamment en chouchoutant de plus en plus leurs clients. Comme en témoigne la création de services tels que Nord plus, du Crédit du Nord, ou le contrat Présence, de la BNP, qui donnent quelques avantages supplémentaires au titulaire du compte. Le message est clair: ne nous quittez pas. Certaines n'hésiteraient pas à proposer à leurs clients un drôle de marché: en échange d'un taux préférentiel, elles exigeraient un maintien dans leur établissement jusqu'à extinction totale de la dette. Attention, ce n'est pas légal. Et vous n'êtes en aucun cas lié par une telle promesse. Si, malgré tout, ces démarches vous semblent au-dessus de vos forces, l'heureuse (banque) élue se fera un plaisir de les effectuer à votre place. Avec empressement... INFOGRAPHIE: LE PRIX DU DIVORCE