Je me souviens qu'il pleuvait souvent sur Mitterrand. Le 10 mai 1981, déjà, un orage. On parlait d'un avertissement du Ciel. Pour le moins, d'un complot de la droite. Par chance, le nouvel élu était de l'espèce, rare, des présidents à chapeau. Et puis, s'il était sous l'averse, il était sur un nuage. Au café, on hochait la tête. "C'est l'état de grâce", disaient les buveurs de bière. L'état de grâce, dans un pays comme la France, est ce moment fugace où, non content de vous avoir porté en triomphe au pouvoir, on s'abstient de vous en chasser par tous les moyens, y compris l'insurrection.
D'une certaine façon, les Français n'en revenaient pas de l'avoir élu. Afin de se rendre certains qu'ils n'avaient pas rêvé, ils tentèrent le coup une seconde fois. Cela marcha encore. Depuis, ils se sont jetés sur tous les ouvrages consacrés au magicien. Ils essayaient de comprendre son truc.
Tout paraissait extraordinaire. Pour commencer, la nouvelle majorité appliqua son programme. Ces choses ne se font pas d'habitude. A la suite de quoi, nous eûmes dans la rue des gens qu'on n'y voyait jamais. Des parents du "privé", des orthodontistes, que sais-je, des géomètres experts. "On avait pourtant voté pour être tranquilles !" s'écria mon patron de bistrot, un centro-lepéniste notoire, tandis que passaient devant sa porte des braillards en loden. Il semblait que deux France eussent échangé leurs habitudes ; les allées du pouvoir étaient exotiques, à l'égal de la rue. On y croisait des barbus. Ils allaient à la buvette de l'Assemblée en file indienne, pareils aux nains de Blanche-Neige. La plupart étaient profs, quelques-uns grincheux, deux ou trois simplets. Ce petit monde barbicole, sous les "lambris dorés", a frappé l'opinion. Ce n'était certes pas les farouches guerriers de Zapata dans les salons du président Madero : le barbu allait au pouvoir tel le puceau au bordel. Il avait vu de la lumière, il était entré. Il disait qu'il n'était là que pour changer la vie. Puis le barbu coucha avec le pouvoir et, comme il piquait, à la fin il se rasa. On revint à la coutume du pays, qui veut que la gauche soit de droite, et inversement. Le PS devint "économiste", à la façon dont le RPR est "social" aujourd'hui. Bientôt, on parlerait du "ballet des R 25" et de la "gauche caviar". Trois ans après le début des années Mitterrand, ce qu'il est convenu d'appeler "les années 80" pouvait commencer.
Lancées en retard, elles s'achèvent dans les temps : jamais on ne vit décennie congédiée de façon si brutale. Le 1er janvier 1990, vous trouviez dans les poubelles de l'Histoire, au côté du sapin de Noël, une bouteille de tequila, du beurre allégé, des bretelles "Wall Street" et des chaises en fer ; des ventilateurs coloniaux, des 4 x 4 et des assiettes carrées façon marbre. Que nous reste-t-il des années 80, sinon le carpaccio et la crème brûlée, les motards toujours en colère et les halogènes toujours en solde ? Pour donner le ton de l'époque : vous aviez une barbe de trois jours, mais seulement pour sortir ; des lunettes noires, mais surtout la nuit ; une montre de plongée, mais plutôt dans le métro. Le pauvre épargnait pour acheter ses Weston ; le riche lacérait ses jeans à coups de Laguiole authentique.
Années 80
Les années 80 sont une formidable machine à transformer des gauchos et des fachos en quadras ambitieux, modernes et tolérants. Les patrons sont leurs saints patrons. Une seule issue au chômage : "créer son entreprise". Tapie n'est pas le leader des exclus ; c'est le gourou des gagnants. Le moindre groupe de rock est une PMI. Dans la "galère", vous rêvez d'un "coup de fric". Vous cherchez un "sponsor". Renonçant à tout ce qui a fait la grandeur de la France, les petits jeunes gens suivent des études pratiques. S'inscrivent - a-t-on idée ! - dans des écoles de commerce. Héros du film "Un monde sans pitié", Hippolyte Girardot ne sait proférer autre chose que "putain !". C'est bien la "fin des idéologies", et changer le monde consiste, pour l'essentiel, à faire redessiner des nouilles par Philippe Starck. Au reste, on n'est plus d'avant-garde, on est postmoderne. La pub est géniale. Les stylistes sont devenus des créateurs, sans oublier les créatifs.
Un jour, nous avons la nouvelle que des beurs ont ouvert un fast-food autogéré. Ça, c'est très 80 : la solidarité et la démerde, le mot "beur", et puis le fast-food. En 1983, il s'en ouvre quatre tous les matins. Dix ans après, on ne jure que par la pizza livrée. Toujours, la table signe l'époque. Prenez les cuisiniers d'aujourd'hui : ils cueillent des simples. Ils mitonnent des ragoûts d'orties. Ils inventent une gastronomie de la jachère.

Article d'Alain Schifres sur les années Mitterrand, L'Express du 11 janvier 1996.
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Pour revenir aux années 80 : on n'y jouit point d'une méthode Balladur, mais d'une méthode Coué. "Vive la crise !" s'extasie Montand. Il s'agit non d'une catastrophe, mais d'une mutation ! D'une période de transition ! D'une société en gestation ! Dans un monde en évolution ! Et puis les contraintes internationales sont "incontournables" (un mot de l'époque). Les Français suivent des cours de rattrapage en économie. Faut-il laisser flotter les monnaies ? Vous faisiez un dîner là-dessus. On parlait, ébloui, d'une "conversion au réel". C'était, tout autant, une nouvelle sorte de magie : on invoquait le "retour aux grands équilibres", comme on danse pour attirer la pluie.
A propos de pluie, que faisait Mitterrand ? Il faisait les bouquinistes. Sous son crachin personnel, il allait d'un bon pas. Tous les ans, il gravissait sa Roche. Impavide. En velours côtelé. Il avait toujours deux fers au feu. Il haïssait l'argent, qui corrompt. Il laissait le temps au temps. Au reste, il n'était jamais à l'heure : c'est l'impolitesse des rois. Car, très vite, on dénonça ses allures de monarque.
Mitterrand l'avait fait pour Giscard, Giscard pour le Général. L'archaïsme et le pouvoir font, chez nous, bon ménage. Pour être populaire, il faut aller à rebours de la société, porter un chapeau rond, se rendre à Chamonix en août, lire Saint-Simon, écrire au stylo-plume, manger des abats, se coucher de bonne heure, vieillir, marcher dans la campagne, endosser des costumes bleus. Ce genre décalé est celui qui plaît. Giscard fut le seul à donner dans le moderne et le décontract'. On sait ce qu'il advint.
Avec cela, Mitterrand sut avoir un Lang, un Kouchner. Le premier fit la navette entre le Vieux et les Branchés (d'où les fameux "strass et paillettes"). Le second trouva, dans l' "ingérence humanitaire", une situation convenable pour une patrie des droits de l'homme en fin de droits. Monarque ou pas, il faut, en effet, compter avec la "société civile". Rien de commun avec les socioprofessionnels d'autrefois : là, c'est Tapie, Schwartzenberg, Riboud, Cousteau, Harlem Désir. De l'innovant. Du nerveux. Tandis qu'à l'inverse la représentation nationale se fige en "classe politique". Les élites se déposent par couches, ces années-là, comme dans la vinaigrette au repos. A la surface, le président, divine échalote. En dessous, les huiles : toute une noblesse d'Etat. La "technostructure", comme disait Chirac lors de son bref passage à Lutte ouvrière. On ne s'y déplace qu'en rond. C'est la fameuse partie de chaises musicales.
Puis le vinaigre : les provinces. Hier simples condiments, elles s'émancipent. Elles deviennent des régions, des métropoles et des pôles. En dernier résultat, on est à la fois sous Louis XIV et sous Charles VI. D'un côté, le monarque, ses officiers de bouche, ses grands travaux. En face, une féodalité qui s'éveille. Les échevins et les ducs, les Frêche, les Baudis, les Cacharel, rivalisent de faste et se lancent des défis. Jaloux de la pompe du souverain, lourdement apanagés par les lois Defferre, désormais flanqués d'un dir'com' en veston Hugo Boss, nos podestats méprisent Paris. Ils "s'ouvrent à l'Europe". D'ailleurs, la mode est aux villes. Il y a aujourd'hui, dans le monde, de plus en plus de peuples (des Tchétchènes, maintenant, que vont-ils encore nous inventer ?), tandis qu'à l'époque il était fait surtout de capitales. Si l'on n'était pas à Madrid, c'était à Barcelone. A Berlin. A Moscou. A Pékin, même. Ainsi, l'on jette un Bowles dans son havresac et l'on file à Tanger. Ou bien l'on dévore Pessoa et l'on quitte pour Lisbonne. Bref, l'on a une "attitude". Qui, l'on ? Le nouvel individu, pardi. La "montée de l'individualisme", on vous en a sûrement parlé. Un drôle d'individu, en vérité. Plus du tout le vieux républicain, d'humeur classique et d'esprit citoyen, qui a foi dans l'isoloir et le cachet de la poste. Non : le jeune démocrate, baroque et consommateur, qui tape 36-15. Celui-ci préfère la Fête de la musique au 14-Juillet. On le voit aussi dans les rassemblements pour les Causes. Dans les raouts pour les Potes. Surtout si la sono est bonne. Que NRJ un rien soit menacée, il descend dans la rue. Première manif pour le confort d'écoute, notait Serge July. Changer à loisir de fréquence, de parfum, de médecin, de voyante, d'homme, de femme, d'élan humanitaire, aller incessamment du pain aux algues au pain aux noix, voilà son bonheur, à l'individu. On mesure que, de Sartre à Séguéla, la question de la liberté s'est ontologiquement déplacée : la liberté, désormais, elle se résume au choix.
S'il faut esquisser le portrait de l'homme nouveau :
1. Il veut de l' "espace". Un dada des années Tonton. Rien n'est à sa taille. Il flotte dans ses vestons. Il habite des lofts monstrueux, fréquente des boîtes gigantesques, applaudit aux shows pharaoniques de Jean-Michel Jarre et de Jean-Paul Goude. De leur côté, les gens sérieux ne convoquent plus des réunions mais, s'il vous plaît, des "états généraux". Bientôt, ils iront à la TGB en TGV. Il y a une folie des grandeurs dans cette époque où, à l'inverse, les ordinateurs sont tous les jours plus petits.
2. Son attention est limitée : clip, spot, jeux instantanés. Le look est une préfiguration du zapping. Dans les années 80, vous changez de look comme de chemise, ce qui est inconséquent. Mais aussi, les looks se mélangent, ce qui est encourageant : le "métissage" est contemporain de l' "effet Le Pen".
3. L'homme est seul, surtout la femme. Florence Arthaud bravant la tempête, voilà son modèle. La marine à voile, le téléphone rose, le sida et tous ces machins portables ou portatifs ont ménagé les voies du plaisir solitaire. Il ne vous reste plus qu'à vous dépasser, faute de gens à dépasser. Je me souviens d'une époque exténuante où il fallait bouger, même avec La Poste. Chanter dans les supplices avec Véronique et Davina. Avoir des fesses en BÉTON (sans fesses en BÉTON, aucun débouché nulle part). Affronter la nature : elle est devenue bonne, c'est l'homme qui est méchant. Les années Mitterrand ont chéri, d'un même mouvement, la Terre et le "terrain". La planète et la "proximité". En résumé, le proche et le lointain : sale temps pour les intermédiaires. On préfère le maire au député, la coordination au syndicat, l'escalade au téléphérique, le petit juge au procureur et la secte à l'Eglise. Tous les jours, des corporations dénoncent la "montée des corporatismes". Les routiers se plaignent des barrages d'agriculteurs, puis les agriculteurs des barrages de routiers.
Je me souviens que les banlieues ont vraiment existé. Avant, nous avions surtout des banlieusards : des retraités, des travailleurs et des pavillonnaires. Tandis que l'habitant des banlieues est, pour le principal, un jeune désoeuvré, appelé justement "jeune des banlieues". On lui installe des terrains de foot pour l'occuper. La banlieue nous a donné la culture banlieue, la délicieuse petite beurette, le fils de harki, l'élément incontrôlé et la bavure policière. La vérité vraie, c'est que les riches n'ont plus besoin des pauvres. Je dis : la vérité vraie, par souci d'être précis, car, sous Mitterrand, les "looks", les "concepts", les "sociotypes" l'ont sans cesse atténuée. Voyez la douceur de ces néologismes : black, beur, gay, recentré, RMIste même. Le monde est dur mais les mots sont tranquilles. Prenez maintenant les Groseille, les Lequesnoy. Ce ne sont plus des classes ; c'est un casting. On est dans le visuel et le sympa. Premier ou deuxième degré, bourgeois ou populaire, pour les années 80, c'est égal. Une vision publicitaire du monde rapproche Yvette Horner et Jean-Paul Gaultier, Tati et Saint Laurent.
Tout aussi aimable, ce qu'on appelait la "modernité". Style 30, "classique contemporain", "moderne intemporel". Et puis, ces "centres historiques", ces petits pavés. La pierre blonde et le beau lampadaire. Lieu de mémoire et Salon des antiquaires. J'ai bien peur que cette fin de siècle, contrairement aux usages, ne s'adonne au bon goût. Sans parler du PC. En 1974 : "Parti communiste". En 1984 : "personal computer". En 1994 : "politiquement correct".
Rappelez-vous, voilà dix ans, le gnangnan, déjà, submergeait le pays. Il fallait à tout prix du "consensus". Depuis que l'austérité est devenue la rigueur, l'euphémisme est notre dernier "isme". Tant mieux, après tout, si l'inculpé est "mis en examen" : c'est devenu une sorte de baccalauréat. Avec cela, mis en examen ne veut pas dire admissible. Grâce à Coluche, par ailleurs, on a le droit d'être grossier, du moment qu'on est bon. Et le débat politique, où est-il ? Balladur et Chirac, franchement, c'était Dupont et Dupond. Il y a juste que le premier prenait un thé quand le second prenait un dé de calva au comptoir. Tout les oppose, sauf les idées, le milieu, les études, le parti, les croyances ; héritage des années 80 : ne compte plus que l'image. Et Balladur, qui n'a pas, depuis qu'il porte des pantalons, songé une seconde à autrement s'habiller, Balladur soi-même a un look : le look Balladur.
Branchés
L'économie, les fausses factures, les galas de charité, la soirée des césars : pour être franc, on s'emmerda un peu. On nous occupa, heureusement. Branchés, câblés, raccordés, interactifs. Entre Mitterrand I et Mitterrand II, nous passâmes du règne animal à l'ère digitale. C'est un état qui permet de rester chez soi. Car nous sommes "rentrés", paraît-il. Les tentatives les plus monstrueuses pour nous séparer de nos proches ont fini par échouer. Je songe au caisson d'isolation sensorielle. Pour finir, on y a percé des baies. Ornée d'un pot de géraniums et d'une cheminée Le Droff, cela s'appela une maison. Sous Prozac et sur répondeur, on put enfin s'y adonner aux plaisirs domestiques. Il suffit d'avoir la jouissance d'un zappeur et d'un canapé avec coussins. Le zappeur s'égarait dans les plis des coussins et l'on put, en famille, regarder jusqu'au bout des émissions. C'était une joie simple, comme le Trivial Pursuit. L'engouement pour le Trivial Pursuit a été le premier signe de la Convivialité Retrouvée. Il a suffi ensuite de balancer les questions, de garder le carton, d'ajouter les tomates, pour obtenir la nouvelle marotte, qui est la pizza livrée à domicile. C'est un truc américain, comme le hamburger, mais bien vu, car il est italien.
Les années Mitterrand eurent la hantise du faux. Cela a commencé doucement avec les fausses Cartier, les faux époux Turenge, les vrais-faux passeports, les faux marbres, les imitations, les parodies. Après quoi, il y eut les bidonnages, les images de synthèse, les faux directs et les docudrames. Cela nous a bien secoués. Prenez les candidats : hier "naturels", "virtuels" aujourd'hui. J'ai vu, comme je vous vois, un non-candidat (c'était Jacques Delors) faire acte en direct de non-candidature. Ce non-événement absolu fut l'affaire du moment.
Et puis, qu'est-ce qu'un événement ? De l'événementiel en moins bien.
Par ailleurs, la dématérialisation est en marche. Il y a de moins en moins d'objets dans ce pays. D'où, peut-être, le succès des brocantes. Il s'agit de garnir un peu les vides. Le papier lui-même n'est plus qu'un "support papier". Saluons, dans ce contexte, les efforts pathétiques pour trouver le Réel, ce diamant vert :
1. Chirac a découvert des logements vides à Paris.
2. On n'évoque plus le "règne de l'éphémère", mais le "temps de la précarité".
3. Toute question s'achève par "concrètement", toute réponse débute par "c'est vrai que".
4. Il est encore possible de distinguer à l'oeil nu un "look jeune" d'un "signe ostentatoire".
5. Les faux bistrots se font pardonner en servant de vraies frites.
6. Un nombre toujours plus grand de Français ont cru, sur la fin, en la "vraie présence de Mitterrand". Il souffrait pour de vrai. Il s'en allait pour de bon. Il avait tout connu exactement comme tout le monde : les avant-guerre, les après-guerre, les entre-deux. Il eut, enfin, un passé qui sonnait juste, c'est-à-dire un passé bizarre. Plus on lisait d'ouvrages montrant son vrai visage, plus il était populaire. On le croyait atteint, il prenait de l'épaisseur.
Et puis vous avez le droit d'être âgé, aujourd'hui. Pierre Bellemare est de retour, c'est un signe qui ne trompe pas. Vous n'avez plus seulement des jeunes et des quadras, mais toutes espèces de vieux. Des vieux qui ont l'air de plus en plus jeunes et des vieux qui vivent de plus en plus vieux. Les vieux nous enterreront tous. On les a souvent vus à la pointe du progrès. Avant tout le monde, ils ont cru à la télévision en couleurs et au génie de Michel Audiard. Visiter ses enfants et se retrouver couché dans un loft sans rideaux, changer de gendre ou de belle-fille, se battre à mains nues contre une tranche de jambon sous blister, garder des demi-petits-neveux, dorloter des ex, langer des bébés-éprouvette, et même AVOIR des bébés : les vieux auront traversé sans se plaindre toutes ces épreuves des années Mitterrand. Lequel s'éloigna, mais doucement. Refusant d'être zappé, prenant encore son temps. Ainsi s'achève une histoire où les tournées électorales croisent les tournées d'adieu. Un homme, un septennat, un siècle qui s'effacent en même temps : semblable conjonction est plus rare sous nos cieux qu'une comète de Halley. Un septennat de quatorze ans, en plus! Putain, quatorze ans !
