Miss France, son diadème de fée, ses robes de Barbie, ses beaux souliers de vair. Un titre convoité, qui donne le droit d'inaugurer des tournois de pétanque et des foires au boudin pendant un an, voire d'entamer une carrière d'animatrice à Télé-Foot. Et un univers impitoyable, qui conduira le 22 juin les organisateurs du concours devant la justice. Car, pour le titre 1999, le sacre de Miss Tahiti déchaîna le scandale. De l'avis des 300 000 téléspectateurs, qui votèrent par téléphone (3,71 F l'appel) ou par Minitel (1,23 F la minute), Miss Berry, deuxième dauphine, était la plus jolie: 24 147 voix, contre 18 128 pour Mareva Galanter. Le jury de 10 personnalités, dont le choix comptait pour deux tiers, couronna néanmoins la vahiné au terme d'une soirée enchanteresse qui ferait passer le concours de l'Eurovision pour une rave-party techno-gothique. On en déduisit que le vote était truqué. Le conte de fées tourna au vinaigre.

Des téléspectateurs s'emparèrent de cette noble cause, créèrent Anten (Association nationale pour la transparence de l'élection nationale de Miss France) et portèrent l'affaire devant la justice. Geneviève de Fontenay et son fils Xavier, gérant de la société Miss France, sont donc assignés à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris. La cinquantaine d'adhérents réclame l'invalidation du jury, la destitution de Mareva et le couronnement de Miss Berry, qui n'a pourtant rien demandé. Motif invoqué: Sacha Distel, président du jury, serait l'oncle de Miss Tahiti. Autre «fait troublant», Mareva aurait posé en Bikini alors que ses condisciples étaient condamnées au maillot une pièce lors d'un voyage des Miss à la Guadeloupe précédant l'élection. Plus louche encore: elle n'aurait pas semblé surprise à l'annonce de son triomphe, et sa grand- mère ne serait autre que la chapelière de Geneviève de Fontenay.

«Nous demandons que seul le vote des téléspectateurs soit retenu», explique Yves Rémoville, l'avocat d'Anten. «Le dossier de ces gens-là est vide, s'insurge Xavier de Fontenay. Sacha Distel n'est évidemment pas l'oncle de Miss France!» C'est bien plus compliqué: le père de l'épouse du chanteur s'est remarié avec une Tahitienne qui serait une vague cousine de la famille de Mareva. «Le règlement de l'élection était connu, reprend Xavier de Fontenay. Nous avons choisi ce coefficient de pondération entre les voix des téléspectateurs et celles des jurés, parce qu'ils disposent de plus d'éléments pour juger les jeunes filles, qu'ils voient de près tout au long de la soirée.» Selon Xavier de Fontenay, les intentions d'Anten sont loin d'être pures: «Leurs adhérents sont liés à des petits comités de Miss qui cherchent à nous concurrencer. La propre fille du président d'Anten voulait se présenter à l'élection de Miss Essonne. Nous avons refusé sa candidature parce qu'elle avait participé à l'élection de Miss Teen-ager Ile-de-France, organisée par un comité auquel nous ne souhaitons pas être assimilés, notamment parce qu'il fait concourir de très jeunes filles.» Chez Miss France, on a de la morale. La justice arbitrera.