Samedi soir 30 septembre, abandonnez toute velléité de sortie... Pour la première fois dans l'histoire balbutiante de l'Univers, l'homme, depuis sa petite planète bleue, va programmer une émission télévisée adressée aux... extraterrestres. Cosmic Connexion sera diffusée «en simultané» sur Arte (voir l'encadré, page 103) et dans l'espace. Concrètement, durant trois heures, les images, sous forme d'ondes de télévision analogiques, partiront de l'immense antenne du Centre national d'études spatiales (Cnes) à Aussaguel (Toulouse), en direction d'une exoplanète gravitant autour de l'étoile Errai, située dans la constellation de Céphée, à quelque 45 années-lumière de chez nous. «La difficulté consiste à viser une étoile en mouvement tout en envoyant un flux important d'informations», précise Hubert Diez, responsable des activités télécoms au Cnes.

Au-delà de la prouesse technologique, la chaîne franco-allemande a une autre ambition: nous faire réfléchir à une présence éventuelle de vie ailleurs. «Cette croyance est finalement assez tardive, remarque l'écrivain Jean Demerliac, qui publie Cosmic (voir l'encadré). Elle remonte aux origines de la pensée scientifique grecque.» Bien avant notre ère, une tradition atomiste, portée par quelques philosophes (Démocrite, Epicure ou Lucrèce) a ainsi plaidé pour une pluralité des mondes. Mais elle a rapidement été supplantée par une conception géocentrique (Platon, Aristote ou Ptolémée), qui place la Terre au centre de l'Univers. Cette vision, pas toujours rationnelle, mais correspondant mieux aux canons du christianisme, s'est imposée jusqu'à la Renaissance.

La science reprend le dessus en 1543, avec le chanoine polonais Nicolas Copernic, qui, présentant sa théorie de l'héliocentrisme à titre d' «hypothèse», esquisse six siècles de connaissances à venir... Après lui, l'homme n'est plus au centre du cosmos, la Terre devenant une planète comme les autres qui tourne autour de son étoile, le Soleil. Les travaux de ses successeurs, Galilée (1564-1542), Johannes Kepler (1571-1630) ou Christiaan Huygens (1629-1695), ne feront que confirmer cette thèse.

Un débat devenu philosophiqueDès lors, le débat quitte la sphère astronomique pour s'étendre à la religion, à la littérature et à la philosophie. «Au point qu'il faut attendre le XIXe siècle pour assister aux premières propositions de communications interplanétaires», reprend Jean Demerliac. La question ne porte plus sur la réalité d'une intelligence extraterrestre, mais sur la façon d'entrer en contact avec elle... Plus qu'une tentative de mise en relation, l'homme a surtout cherché à se faire remarquer depuis la Terre. En 1820, le mathématicien allemand Gauss imagine planter, au milieu de la steppe sibérienne, une forêt représentant un immense triangle rectangle visible par n'importe quel Sélénite (habitant de la Lune). Son confrère Joseph von Littrow aurait préféré creuser un trou de 40 kilomètres de diamètre dans le Sahara, rempli de kérosène, auquel on aurait mis le feu. Moins dévastateur et plus écologique, le poète et inventeur français Charles Cros propose, en 1869, d'utiliser une puissante lampe électrique projetée sur un miroir réflecteur parabolique pour envoyer des signaux dans l'Univers.Toutes ces initiatives resteront à l'état de projet. Jusqu'au siècle dernier, les supposés hommes verts n'ont rien eu à craindre des Terriens (voir l'encadré, page 102). D'autant que l'exploration spatiale change considérablement la donne: au fur et à mesure que les télescopes s'améliorent et que les premières sondes quittent la Terre, les planètes du système solaire apparaissent de moins en moins accueillantes. Résultat? Une fois constatée leur aridité, les défenseurs de l'intelligence extraterrestre ont eu du mal à se faire entendre. Jusqu'en 1929, où l'astronome Edwin Hubble constate qu'étoiles et galaxies s'éloignent de nous à une vitesse d'autant plus grande qu'elles sont lointaines. Cette «loi», première preuve d'un Univers en expansion et première brique de la théorie du big bang, ouvre des perspectives infinies: «La planète bleue gravite autour d'un soleil qui n'est qu'une étoile parmi plusieurs centaines de milliards dans notre galaxie; cette dernière se trouvant au milieu de milliards de galaxies qui constituent notre univers observable...», résume Michel Viso, exobiologiste au Cnes. D'où le rêve, à nouveau caressé, de trouver au-delà de notre système solaire des planètes habitées.

Une traque financée par des donateurs privésA ce retour en force de la pluralité des mondes correspond la naissance du Seti (Search for Extraterrestrial Intelligence), au début des années 1960. Ce programme, dirigé par une poignée d'astronomes américains, vise à chercher dans le ciel, par l'intermédiaire de radiotélescopes, des émissions d'ondes radio utilisées par d'éventuelles civilisations extraterrestres. Financée par la Nasa jusqu'en 1994, la traque d'E.T. fonctionne désormais grâce à de généreux donateurs privés, tels le cinéaste Steven Spielberg ou Paul Allen, cofondateur de Microsoft. «En cinquante ans d'existence, le Seti n'a jamais rien trouvé», critique Louis d'Hendecourt, chercheur à l'Institut d'astrophysique spatiale (Orsay), pour qui l'association, louable par sa démarche, pèche par naïveté: «Elle part du principe que la vie est banale dans l'Univers, avec, comme aboutissement de son évolution, l'existence de civilisations technologiquement avancées. Mais peut-on en être sûr?» Cette simple interrogation, à rebours d'un courant scientifique positiviste, revient déjà à admettre que nous pourrions aussi être seuls dans l'immensité du cosmos.