La décision de l'Elysée de ne pas extrader vers l'Italie Marina Petrella, une ex-responsable des Brigades rouges installée dans la région parisienne, marque un nouveau revirement des autorités françaises dans ces dossiers liés aux « années de plomb », cette période de violences politiques (de droite et de gauche) qui fit 362 morts entre 1969 et 1980.

Paris n'a jamais adressé de signal clair sur sa politique : continuer à accueillir les activistes ayant rompu avec la violence (la « doctrine Mitterrand »), ou, au nom de l'entraide judiciaire, renvoyer ceux qui, bien que réfugiés en France, restent sous le coup d'une condamnation. Le sort des exilés empoisonne donc depuis près de vingt-cinq ans les relations entre Rome et Paris. Une petite centaine de personnes impliquées à des degrés divers dans des actes de violence vivraient aujourd'hui au grand jour en France.

En 2002, les autorités italiennes avaient transmis à la chancellerie une liste de 12 « objectifs prioritaires », en l'occurrence des personnes condamnées pour des crimes de sang. Depuis, trois d'entre elles ont été interpellées en France. Un seul, Paolo Persichetti, a été renvoyé dans son pays. Un autre, Cesare Battisti, a pris la fuite à la faveur d'une remise en liberté. Arrêté puis incarcéré au Brésil depuis mars 2007, il attend d'être fixé sur son sort, ses avocats ayant fait appel de la demande d'extradition italienne.

La troisième personne est Marina Petrella, dont le décret d'extradition a été abrogé par l'Elysée, au nom de considérations humanitaires : la quinquagénaire est soignée pour une profonde dépression. Bref, les dossiers sont traités au cas par cas. Au risque de l'arbitraire.