Un an. C'est le temps qu'il aura fallu à Sandrine Rousseau pour discréditer le féminisme, ridiculiser l'écologie et fracturer son parti, EELV. C'est un record d'autant plus remarquable qu'en la matière elle ne manque pas de concurrence. La palme cependant lui revient sans conteste. Il n'est pas question ici de hurler avec les loups, qui désormais se pressent nombreux à ses basques. Mais plutôt d'essayer de comprendre ce qui s'est déployé sous nos yeux.
Il n'était pas dit d'emblée que Sandrine Rousseau serait pour la vie politique un principe si corrosif. Écrivant sur elle au moment de son entrée en lice dans la primaire écologiste, voici un an, je lui avais trouvé des traits de caractère somme toute assez rares dans notre classe politique. J'avais aperçu quelque chose comme l'authenticité d'une souffrance, donnant le sentiment que chez elle tout est toujours prêt à rompre, comme une digue incertaine dont on devine les larmes et les cris qu'elle retient. La politique, après tout, se nourrit aussi de cela. De douleurs, de traumas. Avoués ou pas. L'excellent portrait consacré à Sandrine Rousseau par Olivier Faye dans M, le magazine du Monde relate du reste ce que jadis on appelait "le don des larmes", et qui n'était pas une faiblesse, mais une fragilité faite force.
Toutefois, il y avait aussi, chez elle, ce choix délibéré de se ranger derrière des slogans dont elle n'était pas l'auteur. De faire siennes des préoccupations et des luttes dont jamais elle ne s'était avisée de se mêler, mais qui lui semblaient construire à la fois un profil politique, une voix médiatique et une rhétorique commode. Sous l'effet de ce marketing cyniquement assumé, Dr Sandrine est devenu Miss Rousseau. On a vu la vérité de son engagement se diluer dans le prêt-à-penser et s'épuiser dans le discours dominant d'une certaine radicalité venue d'ailleurs. Evidemment, les micros se sont tendus parce que surgissait dans le champ politique ce qu'on avait plutôt coutume d'entendre dans le monde associatif, dans certains cénacles universitaires, dans des réunions militantes, mais jamais chez des leaders de partis.
Une absence d'idées masquée par l'invective
Rafraîchissante au premier abord, cette parole a surpris et bousculé. L'exercice de positionnement avait marché. Un créneau s'était dégagé, et il fallait en augmenter sans cesse la rentabilité politique et la visibilité médiatique.
De là une surenchère permanente dans la provocation et l'outrance, parlant du voile islamique comme d'un "embellissement", ou du barbecue comme d'un attribut viril. Se produisit ce qui toujours se produit en la matière et que les tacticiens qui l'entourent doivent savoir : la radicalité appelle la virulence, qui appelle bientôt la violence. De punchline en polémique, Sandrine Rousseau est certes assez vite tombée dans l'insignifiance - mais une insignifiance agressive, une absence d'idées masquée par l'invective, une incapacité à renouveler son discours alimentant chez elle la vindicte et l'accusation, ne laissant place ni à l'empathie, ni à l'analyse, ni à l'action concrète. Tout cela se tarissant peu à peu, il a fallu passer à des initiatives autrement brutales, et ce fut l'assassinat symbolique de Julien Bayou - prémédité, voulu, désiré de tout son être comme on ne sait quelle ordalie médiatico-politique.
Peu importe dès lors qu'elle calcine tout ce pour quoi elle semble se battre. Peu importe que son parti parte en capilotade. Peu importe que ses outrances donnent du féminisme le visage d'un sectarisme amer et confus, dont son livre sur l'androcène atteste le contenu dérisoire. Peu importe que l'écologie, dans cette parole, s'assimile au seul horizon d'une purge sociale. Seul compte le souci d'alimenter à flux tendu le Moloch médiatique et de capter à son profit la lumière blafarde des réseaux sociaux. Cette course en avant ne fait que rendre cette parole plus impérieuse, cette élue plus impatiente, ses zélotes plus tyranniques.
L'âpreté du ressentiment et le vide de la pensée, la violence du propos et le néant des idées, la brutalité des méthodes et la nullité de la pensée. Voilà les ingrédients d'un petit fascisme à la sauce postmoderne. Immense est sa soif de pouvoir. Je crains, hélas, que notre époque n'en raffole.
