Plus d'une centaine d'oiseaux marins mazoutés se sont échoués depuis mi-octobre sur les côtes bretonnes, a révélé jeudi Vigipol, syndicat mixte de protection du littoral breton, mettant en cause le Tanio, ce pétrolier malgache qui a sombré en 1980 au large du Finistère. Retour en trois questions sur l'impact environnemental de ce désastre.
Qu'est-il arrivé à ce navire ?
Le Tanio, long de 192 mètres, s'était brisé en deux sous la violence d'une tempête le 7 mars 1980 au large de l'île de Batz, dans le Finistère. Huit hommes d'équipage périssent dans le naufrage. "Le reste de l'équipage est concentré sur l'arrière du navire, une épave à la dérive qui, malgré tout, continue à flotter et pourra être remorquée jusqu'au Havre, avec 7500 tonnes de pétrole. Les 31 marins rescapés vont tenir jusqu'à l'arriver des secours. Ils seront tous hélitreuillés dans des conditions extrêmement difficiles", relatait Sud Ouest en mars 2020 pour les quarante ans du drame qui a causé une marée noire sur les côtes bretonnes.
Le navire transportait en effet 28 600 tonnes de pétrole, dont quelque 10 000 tonnes s'étaient déversées en mer, souillant 200 kilomètres de littoral. Quinze mois d'opérations sous-marines avaient été nécessaires pour récupérer plus de 5000 tonnes de pétrole et tenter de colmater les brèches.
Quel impact sur la pollution ?
Depuis quarante ans, les autorités estiment à 40 000 le nombre d'oiseaux morts à cause de ce naufrage, qui s'est produit à proximité de la plus grande réserve naturelle d'oiseaux marins de France, les Sept-Îles. En novembre 2019, des dizaines d'oiseaux blessés ou morts, dont certains portaient des traces d'hydrocarbure, avaient été trouvés sur les plages du nord-Finistère. Des investigations avaient fait apparaître des fuites sur la coque du Tanio, qui gît par 80 mètres de fond, et des analyses d'échantillons prélevés sur les oiseaux avaient montré des similarités avec le fioul lourd du pétrolier. La Marine nationale était intervenue en septembre 2020 pour stopper ces fuites.
"Ces opérations n'auront cependant pas été suffisantes puisqu'à peine un mois et demi plus tard, de nouveaux oiseaux marins se trouvent souillés par le pétrole du Tanio", note Vigipol dans un communiqué, soulignant que le nombre d'oiseaux mazoutés signalés depuis octobre est "déjà près du double de l'an passé" et la zone d'échouage "beaucoup plus étendue".
Près de 70% des oiseaux recensés sont des Guillemots de Troïls, précise le syndicat mixte créé à la suite de la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978.
Quelles sont les mesures prises ?
Sollicitée, la préfecture maritime de l'Atlantique a assuré dans un communiqué "étudie(r) les modes d'action possibles suite à la reprise de cette pollution résiduelle", ajoutant avoir déployé début janvier un sous-marin téléguidé afin de "contrôler l'état de l'épave".
"Cette opération a permis d'observer que trois des dix plaques installées en septembre 2020 pour boucher des orifices de coque ont depuis été arrachées par des engins de pêche et qu'un des orifices présente une nouvelle fuite intermittente d'hydrocarbures", indique-t-elle. La préfecture maritime souligne en outre avoir entrepris d'identifier les habitudes de pêche à proximité de l'épave afin de "sensibiliser" les armements "au risque que le chalutage fait peser sur l'intégrité de l'épave".
"La vigilance des autorités maritimes sur cette épave est toujours forte", assure-t-elle encore, ajoutant qu'"aucune pollution en mer, ni sur les plages n'a été repérée depuis les travaux effectués" en septembre dernier.
