Une autre conséquence de la vague de chaleurs pointe : la sécheresse et ses ravages. Dans le nord de l'Italie, l'aridité est à l'origine de la pire crise agricole en gestation. Les rizières manquent d'eau, les oliviers ne donnent plus de fruits. Les producteurs s'inquiètent de cette sécheresse, la pire depuis près de 70 ans, qui raréfie les cultures et fait exploser leur prix. Alors que la région produit 90% des stocks italiens de riz et une partie non négligeable des approvisionnements européens, c'est toute l'économie des provinces de Verceil, Novare et Pavie qui vacille.
Avec des augmentations pouvant aller jusqu'à 50% ou plus pour le riz et les tomates, les importateurs sont désormais tentés de regarder si le riz est plus blanc ailleurs. Les coûts du féculent ainsi que des tomates ont déjà doublé au cours des deux dernières années, selon un groupe d'études de marché Mintec, cité par le quotidien britannique The Guardian. Dans un contexte inflationniste où les prix de l'huile d'olive extra-vierge italienne ont déjà augmenté de 28% sur la même période, le manque de pluie de ce cru 2022 ne fait pas les affaires des agriculteurs. Le plus grand syndicat agricole italien, la Coldiretti, note que 30 % de la production agricole du pays et la moitié des exploitations de la vallée du Pô, un des épicentres de la production agricole du nord italien, sont en danger.
Coup de hache
Les récoltes devraient être coupées à la hache. Est ainsi attendue une diminution de celles d'abricots, de pêches et de poires mais aussi, bien sûr, d'olive et riz. De ce fait, comme d'autres produits du quotidien depuis plusieurs semaines, le riz à risotto, le riz à sushi, l'huile d'olive voire le jambon de parme et la sauce tomate pourraient manquer sur les étals des supermarchés dans les prochaines semaines. En Italie, mais en France aussi.
Le trou dans la trésorerie est colossal pour les producteurs, d'autant plus que le prix des engrais et des matières énergétiques explosent avec la guerre en Ukraine et le blocage de nombreuses céréales dans les ports de la mer Noire. En réaction, le gouvernement de Mario Draghi a décrété l'état d'urgence au Piémont et dans quatre autres régions italiennes. Il a promis un fonds extraordinaire d'assistance piloté par un commissaire chargé de gérer l'urgence climatique. Le Piémont devrait, lui, recevoir 7,6 millions d'euros.
Dans une région loin d'être familière aux conditions de sécheresse et ne s'étant jamais vraiment dotée de systèmes d'irrigation complexes comme ceux qui champignonnent dans le sud de l'Italie, une réforme des exploitations est à l'agenda. A l'heure du dérèglement climatique, les traditionnelles rizières conçues grâce à une galerie de canaux et d'écluses par Léonard de Vinci semblent être désormais dépassées par les vagues de chaleurs qui se profilent, de plus en plus régulières et intenses en Europe. La canicule aura-t-elle raison du système du célèbre l'inventeur ? Les pouvoirs publics italiens devront trancher.
