Après une année quasiment blanche en termes de diplomatie verte, Emmanuel Macron s'impose en leader à travers un sommet organisé à Paris ce lundi. Le One Planet Summit portera essentiellement sur le thème de la biodiversité, et abordera notamment les zoonoses, les maladies qui se transmettent de l'animal à l'homme, favorisées par la destruction de l'habitat animal et qui peuvent engendrer des pandémies.

Le sommet a pour objectif de relancer la "Coalition de la haute ambition pour la nature" - chapeautée par la France, la Grande-Bretagne et le Costa Rica -, afin d'y intégrer une cinquantaine de pays, chacun s'engageant à placer 30% de son territoire en espaces protégés. La création d'une alliance d'investisseurs privés pourrait également être annoncée. Toutefois, ce sommet n'a pas le cadre légal d'une COP. Alors peut-il réellement relancer l'action environnementale internationale ?

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Le premier One Planet Summit a été organisé en 2017 à Paris par Emmanuel Macron. A la différence des sommets habituels, des acteurs de la finance (banques, assurances...) avaient été conviés, pourtant jusqu'ici peu mobilisés dans la lutte contre le changement climatique et l'environnement. Cette année, une trentaine de personnalités, institutions et entreprises sont présentes. Parmi elles, le secrétaire général de l'ONU, le président de la Banque mondiale, l'héritier du trône britannique le prince Charles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Costa Rica Carlos Alvarado, la présidente de la BCE Christine Lagarde ou le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Une opération de communication

Chacun devrait présenter des initiatives ou prendre des engagements concrets autour des quatre thèmes de la conférence : protection des écosystèmes terrestres et marins ; promotion de l'agro-écologie ; mobilisation des financements ; lien entre déforestation, préservation des espèces et santé humaine. "C'est une sorte de défilé - sans contradicteurs - où chacun prend la parole pour dire ce qu'il a fait de bien ou annoncer des engagements", résume à L'Express François Gemenne, chercheur du Fonds de la recherche scientifique (FNRS) et auteur principal pour le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).

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Ces annonces peuvent avoir un effet "d'entraînement" et d'influence sur les autres, estime-t-il "C'est une opération de communication qui peut être utile". Elle met en avant la question environnementale sur la scène internationale. Par ailleurs, en 2017, AXA a par exemple promis de se désengager du charbon totalement d'ici 2030. "Mais la question est de savoir si les décisions ont été prises grâce au sommet ou simplement annoncées à l'occasion du sommet", souligne encore François Gemenne.

Sommet officieux

Car pour les ONG françaises, cette opération de communication n'est "que de l'énergie diplomatique dépensée pour rien, une dispersion de la cause environnementale". "Ces sommets servent à valoriser les acteurs invités mais on n'a aucune visibilité derrière sur les engagements pris, sur la gouvernance des coalitions, sur le travail effectué", dénonce à L'Express Clément Sénéchal, porte-parole climat de Greenpeace.

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D'autre part, chaque sommet organisé depuis celui de 2017 est plus ou moins passé inaperçu et ne portait pas sur les mêmes sujets, ce qui empêche de faire un suivi année après année sur ce qui a été déclaré par les participants. "Cela aurait pu inscrire leur action dans la durée", regrette également François Gemenne pour qui ces sommets "sont surtout des effets d'annonce". En effet, ces sommets sont officieux et n'ont pas de réelles bases juridiques ou politiques, un format "original", pour François Gemenne, mais qui ne permet pas de "redevabilité" de la part des acteurs, dénonce Greenpeace. "Si Emmanuel Macron n'est pas réélu, ces engagements pris disparaissent avec lui", argumente encore Clément Sénéchal.

Emmanuel Macron, l'image d'un leader écolo

Ainsi, c'est surtout une manière pour le président français de se forger une image à l'internationale. "Pour l'étranger, la France est un pays écolo, alors qu'en réalité, nous sommes dans la moyenne", résume l'auteur du GIEC. Il explique alors que le président français s'est rendu compte de l'importance qu'il pouvait prendre sur la scène internationale grâce au sujet de l'écologie, quand Donald Trump est sorti de l'Accord de Paris sur le climat. "Il a compris qu'il pouvait se forcer une image de leader international à partir de la diplomatie environnementale", poursuit-il.

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"C'est un événement cosmétique qui permet à Emmanuel Macron d'occuper le terrain et s'assurer une présence médiatique sur le terrain", estime encore Clément Sénéchal. Et d'ailleurs, à l'étranger "tout le monde voit Emmanuel Macron comme un président écolo", assure François Gemenne. Cette image n'est pas contredite car la presse internationale s'intéresse peu à la politique environnementale de la France.

Décalage entre la parole et les actes

"C'est le gouvernement qui tente de maquiller son inaction climatique", lance même Clément Sénéchal qui dénonce cet écart entre les discours du chef de l'Etat et ses actions à l'Elysée. Le ton est le même chez le chercheur au FNRS.

Greenpeace pointe des contradictions entre les thèmes qui vont être abordés lors du sommet et la politique de la France, par exemple sur l'agroécologie. "On en parle mais pendant ce temps ils votent une politique qui autorise les néonicotinoïdes [pesticides tueurs d'abeilles, NDLR], n'interdit toujours pas le glyphosate et refuse la taxation sur les engrais chimiques, s'agace le porte-parole de l'ONG. D'abord, que la France respecte elle-même ses engagements." "C'est la politique du en même temps", commente pour sa part François Gemenne.

La France arrive 18e au classement de l'Indice de Performance Climatique (IPC), par rapport aux efforts fournis en matière de protection du climat. Par ailleurs, le 19 novembre dernier, le Conseil d'Etat a mis l'Etat en demeure de prouver sous trois mois l'efficacité de ses politiques publiques dans l'optique de remplir ses engagements.

Les acteurs de l'écologie ont alors davantage les yeux tournés vers les grands rendez-vous de l'année, pris plus au sérieux que le One Planet Summit : le Green Deal européen en juin, et le Congrès mondial de la nature de l'UICN à Marseille en septembre, la COP15 sur la biodiversité en juin en Chine, et la COP26 sur le climat en novembre en Ecosse.