[Cette interview a été réalisée avant le début de la guerre en Ukraine]

Cinquième vague, manque de perspectives, économie incertaine... L'attentisme gagne les candidats à la franchise. Mais les mutations provoquées par la crise et l'effet rebond dans certains secteurs représentent également des opportunités qu'il serait dommage de laisser filer.

Est-ce pertinent d'entreprendre en franchise actuellement ?

Sylvain Bartolomeu : Un projet en franchise met du temps à se préparer. Il se passe généralement de six à douze mois entre la prise de décision et le début de l'activité. Ce temps long représente un avantage, car les candidats de l'année n seront franchisés l'année n+1. Ils ouvriront dans un contexte économique plus favorable, qui sera normalement plus propice à la création d'une entreprise. La consommation est repartie, la demande est là, les réseaux ont majoritairement tenu bon... C'est maintenant qu'il faut être prêt. Il y a et il y aura des places à prendre. C'est le bon moment pour se lancer et avoir un coup d'avance.

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Quels conseils rassurants pouvez-vous donner aux candidats ?

Un franchisé est un chef d'entreprise, il doit avoir un mental d'entrepreneur. Même s'il est accompagné et soutenu par son réseau, il doit affronter les obstacles et les vents contraires. J'aime à dire que la franchise, c'est de la régate, pas de la navigation de plaisance. Aujourd'hui plus qu'hier, il faut être attentif au choix de l'enseigne. Plusieurs réseaux, que je qualifie de "refuges", ont su se renforcer avec la crise, en surfant sur les reports d'investissements des consommateurs et/ou en sachant, avec agilité, mieux résister que leurs concurrents. Ces enseignes ressortent de cette période avec un collectif plus fort, un modèle économique rassurant, des preuves tangibles de la solidité de leur modèle. Les actions qu'elles ont su entreprendre (fonds de soutien, mécanismes de solidarité vis-à-vis des franchisés, refonte de leur processus de développement) sont autant d'arguments et de gages de ré-assurance que les candidats doivent étudier attentivement.

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De nombreuses start-up arrivent en franchise avec des concepts de dark kitchens, de dark stores, de food trucks*... Est-ce une bonne idée de rejoindre ces jeunes pousses ?

Les mutations de consommation ­ mieux manger, mieux se déplacer, mieux consommer ­ ont donné des idées de développement en réseau à plusieurs jeunes pousses. La frontière entre numérique et physique s'estompe progressivement, et il n'est plus utopique de voir un franchiseur développer un réseau faisant cohabiter une enseigne physique, visible en points de vente, et des enseignes virtuelles accessibles uniquement en ligne. Pizza Cosy et Tacos Avenue ont ainsi développé leur offre avec des enseignes en dark kitchen. Pour ces deux-là, il s'agit juste d'une diversification, ce n'est pas leur coeur de métier, ils se sont adaptés au contexte. Pour les pure players, en revanche, c'est différent, car c'est leur seule et unique activité. Leur développement en franchise va bouleverser la notion d'emplacement et la nature de la relation franchiseur-franchisés. Ce dernier point est considéré comme l'une des clefs de la réussite. Reste à voir si ces start-up parviendront à créer des modèles pérennes et à attirer les franchisés.

*Dark kitchen, dark store : cuisine ou magasin "fantôme" ; food truck : camion-cantine ambulant.