Un article issu du hors-série Franchise de L'Express. En kiosques depuis le 17 mars

Avec l'emplacement, le financement représente le nerf de la guerre pour se lancer dans l'aventure de la franchise. Outre le paiement des fameux droits d'entrée et autres redevances, vous allez devoir investir pour entamer une "collaboration" avec une enseigne. Tablez sur un ticket de 10 000 euros pour une micro-franchise et prévoyez jusqu'à 1 million d'euros pour une grosse affaire, notamment dans la restauration ou la distribution alimentaire.

LIRE AUSSI : Franchise : comment rebondir après la crise du Covid

Pour certains projets, vos fonds propres seront suffisants pour régler la totalité de la somme nécessaire. Pour d'autres, il vous faudra solliciter un financement. Et notamment contracter un emprunt auprès d'un établissement bancaire. Dans ce contexte de sortie de crise sanitaire, les banques continueront-elles de prêter autant qu'auparavant ? Et quels sont les dossiers susceptibles de les séduire ?

Le modèle de la franchise a fait ses preuves

"Nous avons répondu présent pour accompagner les projets des entrepreneurs sur le terrain pendant la crise sanitaire. En 2022, le marché affiche des signes particulièrement positifs, avec des réseaux qui ne cessent de se développer. Créateur de valeurs en région, le modèle de la franchise a fait ses preuves et continue d'attirer de nouveaux entrepreneurs", se réjouit Alexia Barthas, directrice de la franchise au sein du groupe Crédit du Nord.

"2022 est partie sur de très bons rails"

Même analyse à la Banque Populaire. "Dès le début de l'année 2021, nous avons reçu davantage de dossiers de demandes de financement qu'à la même période de 2019. Des secteurs qui ont tiré leur épingle du jeu pendant la pandémie, comme l'équipement de la maison, le jardinage, le bricolage ou l'alimentaire, continuent de bien se développer. Et 2022 est partie sur de très bons rails", renchérit Florence Soubeyran, responsable des marchés commerce et franchise Banque Populaire (Groupe BPCE).

Si les demandes de financement pour un concours bancaire sont toujours aussi nombreuses, combien trouvent une issue favorable ? Sur ce sujet délicat, les banques, fidèles à leur réputation, restent plus que discrètes. Ont-elles élaboré de nouveaux critères de sélection ? "Notre métier n'a pas changé. Nous examinons toujours à la loupe la faisabilité du projet, c'est-à-dire la capacité du candidat à rembourser la dette contractée. Nous scrutons donc de plus près le prévisionnel", insiste Alexia Barthas.

Nous nous assurons que tous les voyants sont bien au vert"

Les banquiers le reconnaissent : pour les nouveaux venus, réaliser ce fameux prévisionnel dans un tel contexte comporte nécessairement une part d'inconnues. Alors, pour limiter les risques, les commissions d'attribution des crédits entrent davantage dans le détail. "Lors des rendez-vous avec les franchiseurs, nous nous assurons que tous les voyants sont bien au vert", précise-t-elle. "Nous étudions, par exemple, la répartition du chiffre d'affaires prévisionnel en fonction du canal de distribution (sur place, click and collect, livraison)", ajoute de son côté Florence Soubeyran.

Quand il s'agit de restaurants, les établissements bancaires s'assurent également de la réalité de la surface des terrasses et de la possibilité de les étendre si, en cas de nouvelle vague épidémique, ils devaient condamner leurs espaces intérieurs et ne pouvaient ouvrir qu'à l'extérieur. S'agissant de la vente au détail, les banques examinent de très près la politique de numérisation mise en place par la tête de réseau durant (ou après) les confinements. Si rien n'a été engagé, si l'enseigne n'a rien modifié, la méfiance sera de mise et le dossier de financement aura du mal à franchir tous les obstacles.

Ne pas se fier aux bilans de 2020

Une chose est sûre, selon les spécialistes du secteur : s'il veut optimiser son prévisionnel et le faire coller au plus près de la réalité, le candidat à la franchise n'a nullement intérêt à se fier aux bilans 2020 délivrés par les franchiseurs. "Les bilans et les comptes de résultat 2020 ont loin d'avoir été médiocres, mais ils ne sont pas significatifs. Durant cette période, en effet, les franchisés ont bénéficié d'aides pour le chômage partiel, de primes et de prêts garantis par l'État", insiste Nathalie Dubiez, cofondatrice d'Alyxir, un cabinet d'accompagnement des dirigeants et des organisations.

Selon elle, un candidat à la franchise doit impérativement déduire ces différentes aides des bilans présentés par le franchiseur pour obtenir une vision plus précise de son activité et de sa rentabilité et réaliser ainsi des prévisions en conséquence. "Le véritable impact de la crise sur le commerce a commencé à se faire sentir fin 2021, lorsque les aides se sont arrêtées. C'est à ce moment-là que certaines franchises ne disposant pas de trésorerie ont commencé à éprouver des difficultés", ajoute-t-elle. Pour cette experte en financement, les candidats ont donc tout intérêt à surveiller les chiffres relatifs à l'état des réseaux publiés fin 2021 par la Fédération française de la franchise, qu'il s'agisse des ouvertures ou ­ surtout ­ des fermetures.

LIRE AUSSI : Banques : de nouvelles offres pour séduire les professionnels

Un premier indice rassurant est apparu lors de la 39e édition de Franchise Expo Paris, en septembre 2021. Alors qu'il s'agissait de l'un des premiers salons à ouvrir depuis le début de la pandémie ­ en appliquant des conditions sanitaires drastiques, ­les exposants comme les visiteurs ont répondu présent. Les organisateurs s'en réjouissent : "La présence de 513 exposants a témoigné de l'attachement que portent les enseignes, les organismes de financement, les villes, les territoires et les partenaires de la franchise et de la création d'entreprise à ce secteur fortement pourvoyeur d'emplois", indiquent-ils.

Ils se félicitent aussi du nombre significatif de visiteurs (25 000), tant en présentiel que sur Franchise Expo Online, sa déclinaison numérique, qui a accueilli 65 % de nouveaux participants. "Cette enquête de terrain grandeur nature aura permis aux aspirants à la franchise de sélectionner les réseaux les plus viables, qui ont démontré leur capacité à s'adapter. Et c'est justement ce type de dossiers, avec des projets solides et fiables, que les banques vont continuer à financer", conclut Nathalie Dubiez. Les autres éprouveront sans doute davantage de difficultés à mobiliser des financements externes. Autant dire que certains projets sont voués à ne jamais voir le jour.