En 2005, après cinq ans d'expérience comme responsable commercial chez Air Liquide, Patrice Leblay, 33 ans à l'époque, décide de réaliser son rêve et de se mettre à son compte : la SARL Belle Vie Domotique (BVD), voit le jour. Avec un Algeco pour bureau et 10 000 euros de capital de départ, les débuts sont rudimentaires. Pendant deux ans, l'entreprise, qui intègre des solutions domotiques dans l'habitat (électricité générale, antennes, alarmes, etc.) vivote. Bien décidé à trouver des nouveaux relais de croissance, Patrice Leblay se rend à des salons de domotique en Allemagne et en Italie. Il y découvre que 95 % des exposants proposent du photovoltaïque. "Très vite, je m'y suis intéressé, et j'ai décidé de lancer une offre sur le marchéfrançais", confie-t-il. C'est chose faite au milieu de 2007 : BVD propose d'installer et de raccorder à EDF des panneaux photovoltaïques, importés pour la plupart de Chine, leur fabrication étant bien trop coûteuse pour une PME française.
Succès rapide mais éphémère
A ce moment-là, la France, encouragée par des tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque très avantageux fixés par le gouvernement (en 2006), s'enthousiasme pour cette "nouvelle" technologie verte. L'activité de BVD explose. De 400 000 euros en 2007, le chiffre d'affaires de l'entreprise passe à 1,3 million d'euros en 2008, puis à 6,9 millions d'euros en 2009. En 2010, le photovoltaïque représente 90 % du chiffre d'affaires de la société dont les équipes ne cessent de grandir : poseurs, directeurs de bureau d'études, commerciaux... BVD est en pleine expansion, et le marché s'emballe. Hélas, la même année, le gouvernement abaisse par deux fois les tarifs de rachat. En septembre, il décide de raboter de 50 % à 25 % le crédit d'impôt accordé sur les énergies renouvelables, qui permettait aux particuliers de réaliser de substantielles économies lors de travaux d'efficacité énergétique et d'achat de matériaux respectueux de l'environnement. "Cela a eu l'effet d'une bombe", confie Patrice Leblay : les clients ont commencé à douter, et les ventes ont chuté de près de 70 % au cours des trois mois suivants. Le 1er janvier 2011, rebelote : le crédit d'impôt est réduit de 10 %. Dans l'intervalle, comme si cela ne suffisait pas, l'Etat a imposé un moratoire de trois mois sur tout nouveau projet d'installation photovoltaïque (pour les contrats d'achat d'électricité produite à partir de centrales photovoltaïques dépassant une puissance de 3 kW en crête) afin de contrer l'emballement du secteur et de réfléchir à l'avenir de la filière. Résultat : entre le 9 décembre 2010 et le 9 mars 2011, toutes les activités de raccordement d'énergie solaire sont gelées, les grands projets sont arrêtés et les ventes interdites. "Nous avions des commandes en cours pour un montant de 3 millions d'euros, se remémore Patrice. L'élan a été cassé, et l'image du photovoltaïque sérieusement écornée."
Après la chute, nouveau départ
Pendant ce moratoire, contre l'avis de son avocat et de ses réseaux d'accompagnement (Réseau Entreprendre, APM), Patrice Leblay pèche par optimisme et conserve tout son personnel. Mais, en mars, "le gouvernement crève la bulle" et instaure un nouveau système de tarifs auto-ajustables, revus à la baisse. Catastrophe, le dirigeant doit se séparer de quatre cadres, ne renouvelle pas les CDD de ses poseurs, licencie ses intérimaires... En six mois, BVD passe de 28 à 13 salariés. Près de 20 000 emplois sont détruits sur la filière, les PME survivantes se concentrant toutes sur le marché des particuliers qui représente 70 % du chiffre d'affaires de BVD. "Ça a été terrible, nos ventes ont encore chuté de 50 %", confie Patrice Leblay. En quelques mois, c'est 90 % du chiffre d'affaires de BVD qui a été annulé, soit une perte d'environ 3,5 millions d'euros. Depuis, grâce à sa ténacité et à celle de son équipe, l'entrepreneur vendéen a commencé à remonter la pente dans un contexte de concurrence accrue. "J'ai passé l'hiver à inventer de nouveaux concepts commerciaux et à réfléchir à des innovations liées aux économies d'énergie", explique Patrice Leblay, qui mise plus que jamais sur l'innovation et affirme avoir quatre brevets à l'étude.BVD est à la recherche de nouveaux fonds pour investir et améliorer sa démarche commerciale. "Nous avons le savoir-faire, mais pas le faire-savoir", reconnaît Patrice Leblay, qui vient de lancer la commercialisation d'une toiture active, qui récupère l'air chaud et le restitue dans la maison. Avec l'espoir que ce nouveau produit donne un coup de fouet à son business.
