Françoise Balestier : 60 ans, le bon âge pour conquérir L'EUROPETu es partie pour travailler soixante-dix ans !", lancent ses amis à Françoise Balestier. Elle s'amuse de ce genre de commentaires, mais qui sait... A 60 ans, cette femme ne semble pas prête à raccrocher les gants, en tout cas. Ancien cadre sup chez L'Oréal et dirigeante d'un cabinet de conseil de 1995 à 1999, elle affiche pourtant un parcours qui suffirait à la majorité de ses condisciples. Sans parler de sa grave maladie, survenue il y a trois ans, qui aurait pu la pousser à lever le pied.Avec Françoise Balestier, c'est tout le contraire qui s'est produit. "Mes problèmes de santé m'ont donné une excellente opportunité de faire le point", positive-t--elle. Sitôt rétablie, un nouveau souffle de vie lui dicte de se réaliser dans un domaine qu'elle maîtrise. De ce besoin va naître en 2001 la société Nutri-Santé. Une entreprise qui conçoit des gammes de compléments alimentaires pour être vendus ensuite à des laboratoires pharmaceutiques.Seul maître à bord de sa SARL, Françoise Balestier entend "garder le leadership et ne pas diluer le capital", afin de maîtriser son développement. Car n'allez pas croire que cette hyperactive envisage cette expérience comme une passade. Le terme d'aventure au long cours convient mieux, comme on parlerait de la société d'une créatrice âgée de 40 ans. Comptant bien profiter longtemps d'un marché en pleine expansion, la dirigeante de Nutri-Santé souhaite d'ailleurs conquérir un nouveau pays européen par an. "Ce que je vis est tout simplement génial, s'enflamme-t--elle. Et j'ai au moins une quinzaine d'autres projets !" Bref, gardez--vous bien de parler de retraite à Françoise Balestier.Michel Canet de Kerdour : 79 ans et autant de projetsCréer une entreprise à 71 ans, pourquoi pas ? "L'âge est secondaire, martèle Michel de Kerdour. Ce qui compte, c'est l'enthousiasme." Imprégné de l'esprit du capitalisme américain, ce fringant septuagénaire l'a prouvé en créant il y a huit ans Pro'GRAM 18, une société de diététique médicale.Pour mieux saisir le personnage, retour au début des années 1960. Attiré par l'Amérique, il y émigre pour devenir businessman puis marchand d'art. Marié à une Canadienne, il demeure plus de trente ans outre-Atlantique. Avant de prendre sa retraite à Cannes en 1990.Peu après ce retour, un de ses fils a l'opportunité de représenter un laboratoire canadien s'implantant en Bretagne. Il propose à son père de travailler avec lui sur ce projet. Heureux de ce rapprochement, Michel de Kerdour se laisse tenter par le pari. Il replonge dans le monde des affaires et Pro'Gram 18 voit le jour six mois plus tard. Un succès ? Le mot est faible : la société sera citée trois années de suite dans le Top 100 des sociétés françaises les plus rentables publié par L'Entreprise.Revenant sur son expérience, il souligne que ses recettes ont toujours été les mêmes : "Que ce soit à 30, 50 ou 70 ans, je n'ai jamais tergiversé, soucieux de régler les problèmes sans attendre." Retiré depuis peu de Pro'Gram 18, Michel de Kerdour est sollicité par différentes entreprises pour les reprendre en main. Va-t--il accepter ? "Je me donne le temps d'y réfléchir", répond l'entrepreneur avec malice. A près de 80 ans, l'aventure est toujours au coin de la rue !Jean-Pierre Cuny : À 62 ans, il réalise son rêve d'entrepreneurLorsqu'on a achevé sa carrière en dirigeant un groupe industriel de 10 000 personnes, l'heure de la retraite sonne parfois brutalement. C'est le traumatisme qu'a vécu Jean-Pierre Cuny en 1999 : "J'avais eu une vie professionnelle très prenante et je me retrouvais tout à coup sans rien à faire. Comment voulez--vous supporter ce contraste ?"Mais, au bout du compte, l'oisiveté forcée va donner à ce brillant centralien l'occasion de réaliser un vieux rêve : posséder sa propre entreprise. Après trois années de recherche et de réflexion, son projet prend forme en avril 2002 avec le rachat de Bigot Mécanique. La société emploie une quinzaine de personnes et elle opère sur le secteur aéronautique.Tel un gosse face au plus beau des jouets, le fougueux sexagénaire ne cache pas sa joie : "Cette aventure me maintient au fait des événements. C'est le meilleur moyen de rester jeune !" Seule ombre au tableau, la réaction de son épouse. Après avoir accepté de vivre avec un capitaine d'industrie, elle comptait voir son vrai-faux retraité de mari un peu plus souvent qu'avant...Jean-Pierre Cuny ne semble pourtant pas à la veille de renoncer à sa nouvelle existence : "Quel bonheur, cette sensation d'être passé de la position d'un amiral de porte-avion à celle d'un patron de chalutier devant mettre la main à la pâte." Mais n'allez pas croire que la taille du bateau change quelque chose à l'ambition de son capitaine. Loin d'envisager de rentrer au port, Jean-Pierre Cuny réfléchit plutôt au rachat d'une ou deux nouvelles embarcations...Bernard Chantraine : 62 ans, un hec devenu artisanDrôle de cheminement vers l'entreprenariat que celui de Bernard Chantraine. Cet ancien cadre supérieur n'a jamais fait partie des retraités ébranlés par le désoeuvrement. Lorsqu'il doit se retirer, il y voit au contraire l'occasion de développer sa grande passion : restaurer les vieux objets. Il profite donc de l'aubaine pour enchaîner les cours en tout genre, de la restauration à la dorure, en passant par la marqueterie.Pourquoi ne pas créer une association autour de ma marotte ? se dit ensuite Bernard Chantraine. C'est ainsi qu'il ouvre un atelier à Boulogne-Billancourt, ouvert à tout retraité souhaitant s'adonner à la restauration. Mais là, surprise... "Alors que j'envisageais juste un lieu de convivialité sans but lucratif, j'ai été assailli de commandes dès le premier jour, raconte-t--il. J'ai donc changé mon fusil d'épaule et j'ai décidé de créer une entreprise."Cintré dans son tablier de cuir, l'ancien directeur d'un établissement de 750 personnes oeuvre désormais seul derrière la vitrine de L'Estampille.A 62 ans, il ne cache pas le bonheur que lui procure cette reconversion inattendue : "Je fais ça avant tout par amour de l'art. Et puis, j'ai une qualité de relation extraordinaire avec le quartier car les gens sont très communicatifs."S'il ne souhaite pas embaucher, il est en revanche ouvert à la compagnie d'un ou deux autres retraités. "Des gens comme moi, si possible, précise-t--il. Des éclectiques." Il faut savoir qu'avant de devenir artisan cet HEC a dirigé le réseau international d'EuropCar, puis la filiale italienne de Guibert. Vous avez dit éclectique ?