C'est la sidération à Aschheim. Depuis quelques jours, cette ville de la banlieue munichoise peine à y croire : sa fierté locale, Wirecard, est prise dans un vaste scandale de manipulation comptable. Le spécialiste des paiements en ligne (cartes, transactions...) vient de reconnaître qu'il manquait presque 2 milliards d'euros dans les caisses... Signe de l'ampleur de l'affaire, l'emblématique patron de la société, Markus Braun, a été arrêté ce mardi 23 juin. Il avait démissionné le 19 juin, sans donner plus d'explications.

Wirecard est accusé depuis plusieurs années de manipulations comptables. Les premières révélations datent de 2016. A l'époque, le cabinet Zatarra Research, alors totalement inconnu, avait accusé Wirecard de "corruption à grande échelle, blanchiment et fraude". Pour Zatarra Research, l'action de la fintech créée en 1999 valait "zéro euro". Mais Wirecard avait nié en bloc. Elle avait même obtenu le soutien du gendarme financier allemand (Bafin). Et cerise sur le gâteau, la condamnation de la société d'investissement qui avait levé l'affaire.

Une baisse de 70% en Bourse

Ce n'est que trois ans plus tard, en janvier 2019, que le Financial Times est revenu à la charge avec de nouvelles révélations. Là encore, Wirecard est accusée de manipulation comptable, notamment à travers ses activités asiatiques. Et là encore, la société, qui tutoie les sommets en Bourse, rejette en bloc ces accusations. Mais les marchés commencent à s'interroger...

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Pour les rassurer, Wirecard, qui travaille avec le cabinet EY, fait appel en octobre 2019 à KPMG pour un audit indépendant. C'est la douche froide en avril : dans un rapport circonstancié, KPMG constate des irrégularités dans les comptes de la société qui est entre-temps devenue plus grosse que toutes les banques allemandes. Le cabinet n'est pas capable de confirmer l'existence de 1,9 milliard d'euros d'actifs, soit le quart du bilan de la fintech !

Derrière, tout s'enchaîne. Le gendarme boursier allemand (Bafin) finit par diligenter une enquête sur les dirigeants de Wirecard et sur de probables manipulations de chiffres. Wirecard est obligée de décaler la publication de ses résultats trimestriels. Le titre plonge. En quelques jours, il perd plus de 70% de sa valeur. En Bourse, la société qui pesait plus que le géant Deutsche Bank (17 milliards d'euros), vaut aujourd'hui moins de 3 milliards d'euros... Et n'est même pas sûre de voir la fin de l'année.