Henry Landes n'est certes pas le premier à se lancer dans un vibrant plaidoyer pour le renouveau des campagnes. Citons, entre autres, Vincent Grimault pour La Renaissance des campagnes (Seuil, 2020) ou Anthony Cortes pour Le Réveil de la France oubliée (éditions du Rocher, 2021).

Trois livres aux couvertures quasi identiques (vue aérienne d'un village au milieu des champs, forcément), et qui pourraient presque constituer une trilogie, Henri Landes fermant la marche avec son regard anglo-saxon décalé et le militantisme de son projet, qui va au-delà du constat de la revitalisation déjà en cours de nos campagnes.

LIRE AUSSI : Cécile Maisonneuve : un plan massif pour convertir le monde rural à la voiture électrique

La trajectoire de l'auteur est singulière : franco-américain, citadin, élevé à New York et San Francisco, il convoite une carrière de joueur de tennis professionnel, qu'un problème à l'épaule empêchera. Après ses études, il s'engage dans l'associatif, enseigne la politique de l'environnement à Sciences po, conseille le président de l'Assemblée nationale sur le climat et l'énergie, dirige brièvement la Fondation Good Planet de Yann Arthus-Bertrand... avant de s'installer avec femme et bagages au coeur de l'Auvergne.

Du charme, du fond, et quelques agacements

Ces origines et ce parcours donnent au livre d'Henri Landes du charme, du fond, et suscitent quelques agacements aussi. Le charme, c'est ce talent tout anglo-saxon pour raconter le quotidien chaleureux de nos campagnes. On retrouve chez Henry Landes les accents de Peter Mayle dans sa fameuse Une année en Provence : la douceur de vivre au quotidien, la bienveillance des locaux, l'entraide, la vérité d'une terre qui ne ment pas.

LIRE AUSSI : La revanche des campagnes sur les villes

Le fond, c'est cette approche originale à rebours de la réflexion bouillonnante sur la ville durable, la végétalisation en milieu urbain, la gestion des transports ou des déchets... Pourquoi, au contraire, ne pas miser sur les "campagnes durables", et réfléchir à la possibilité d'adapter le nombre de personnes sur un territoire à la nature et aux ressources qui y sont présentes ? Et Dieu sait s'il y a du potentiel, puisque 67 % des Français vivent sur 20 % de la surface hexagonale.

Comment faire ? La stratégie d'urbanisation et de métropolisation de la France a fonctionné lorsqu'on a créé les villes nouvelles pour désengorger les anciennes. Les mêmes outils peuvent être utilisés pour développer les "campagnes nouvelles". Contrairement au slogan, il y aurait donc bien une "planète B" : le monde rural... Et il n'y aura pas de villes durables sans campagnes vivantes.

Certains accents rousseauistes pourront tout de même agacer. Ceux de Jean-Jacques : l'amour de la nature omniprésent, quasiment sacré - "Jamais la nature ne nous trompe, c'est toujours nous qui nous trompons", aurait pu reprendre Henri Landes. Ceux de Sandrine, lorsque l'auteur prône un modèle d'agriculture fondé sur la multiplication des "petites" fermes qui produiront pour les marchés locaux. Ou lorsqu'il souhaite la mise en place de deux nouveaux services reconnus par l'Etat, comme l'était autrefois le service militaire : le service agricole et le service écologique. Chez les Rousseau, la contrainte n'est jamais loin...

"Repeupler les campagnes", d'Henri Landes. L'Observatoire, 199 pages, 20 euros.

3 étoiles