Nouvelle année pour un nouveau départ dans le dossier Suez-Veolia ? Après cinq mois d'une bataille aux multiples fronts judiciaires, politiques et médiatiques, les couteaux sont loin d'être rangés entre les leaders mondiaux de l'eau et des déchets. Le groupe d'Antoine Frérot est toujours déterminé à racheter son rival Suez, après avoir acquis un tiers de son capital à l'automne. Une éventualité à laquelle le second est toujours hostile.

Les ponts sont coupés depuis plusieurs semaines entre les deux groupes. Mais le PDG de Veolia a appelé ce jeudi à renouer le dialogue et a profité d'une conférence de presse pour évoquer l'avancement de son projet de rapprochement. Pour lui, celui-ci est "inéluctable depuis l'acquisition des 29,9% et sera irréversible à l'issue de la prochaine assemblée générale", qui doit se tenir au printemps.

Dénonçant la stratégie de la terre brûlée du conseil d'administration de Suez pour retarder l'échéance, Antoine Frérot s'est dit déterminé à conduire l'opération à son terme. Une lettre, mentionnant "l'offre complète et détaillée du projet industriel, les engagements en termes sociaux et financiers" a d'ailleurs été envoyée ce jeudi au conseil d'administration de Suez et à ses actionnaires, assure Antoine Frérot.

Des ouvertures sous contreparties

S'il n'y a guère de changements majeurs par rapport à l'offre améliorée soumise fin septembre, l'homme fort de Veolia se dit ouvert à la discussion sur plusieurs points. Et notamment le renforcement du pôle Suez Eau France, filiale promise au fonds Meridiam si la fusion aboutit. Pour assurer que cet actif demeure compétitif sur le plan industriel, Veolia se dit prêt à lui rétrocéder des actifs internationaux. Dans le détail, "une présence dans deux ou trois pays et un chiffre d'affaires international équivalent au chiffre d'affaires en France".

Sur les engagements sociaux, Veolia réitère son engagement de maintenir 100% des emplois jusqu'au second semestre 2023 dans le cadre de l'intégration des deux groupes, se disant une nouvelle fois ouvert "à un suivi public de ces engagements (...) via un dispositif parlementaire (...) et des sanctions s'ils ne sont pas respectés". Malgré leur hostilité, le management et certains administrateurs de Suez pourront enfin trouver "une place et un rôle exemplaire" dans le nouvel ensemble, promet là encore Antoine Frérot.

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En contrepartie, l'ex-Générale des Eaux attend néanmoins un geste d'ouverture de la part de son rival pendant la phase de rapprochement. La désactivation de la fondation créée aux Pays-Bas pour rendre incessible Suez Eau France sera déterminante. Son rival devra s'engager à ne pas céder une série d'actifs stratégiques, dont ses filiales espagnoles, chilienne ou américaine dans l'eau, ou britannique et australienne dans les déchets. Un point sensible, le directeur général de Suez Bertrand Camus ayant évoqué l'intérêt d'investisseurs pour ces actifs, et certaines rumeurs faisant état de la possible constitution d'un mini-Suez avec ces actifs.

La balle dans le camp de Suez

Reste à voir comment seront accueillies ces annonces chez l'Ex-Lyonnaise des eaux. Outre la fondation néerlandaise, Suez et ses syndicats ont ouvert plusieurs fronts juridiques ces derniers mois. Un contentieux sur la pré-offre devant le gendarme financier, des perquisitions pour démontrer l'existence d'une action coordonnée entre Engie et Veolia avant le 31 août ou encore un contentieux social sur l'information-consultation des instances représentatives du personnel de Suez. "De la gesticulation judiciaire", défend Eric Haza le directeur juridique du groupe, qui estime que ces contentieux "n'iront nulle part".

Même son de cloche s'agissant de la recherche d'un chevalier blanc de la part de la direction de Suez, alors que le fonds d'investissement Ardian s'est déjà dit intéressé par les actifs du groupe. "L'offre alternative, c'est de la finance fiction", souligne-t-on chez Veolia, qui défend son "projet industriel" et la "complémentarité presque parfaite" entre les deux groupes.

Pour Antoine Frérot, seul le sujet de la concurrence déterminera le délai pour le rachat de Suez. Le 25 novembre, Veolia a entamé la prénotification des autorités européennes, dont l'accord est nécessaire pour la fusion des activités. Plusieurs pays hors-UE, où les deux groupes sont implantés, ont été informés selon Estelle Brachlianoff, directrice générale adjointe en charge de l'opérationnel.

Veolia estime que ce processus prendra entre neuf et quinze mois. "Nous n'avons pas identifié de difficultés particulières, ni sur le calendrier, ni sur les remèdes qui pourraient être demandés et qui nous semblent limités", a notamment défendu la dirigeante. L'offre publique d'achat, elle, sera déclenchée "dès que les actionnaires de Suez auront approuvé notre projet de rapprochement", a conclu Antoine Frérot. La balle, et la pression, est désormais dans le camp d'en face.