Sur les massifs enneigés, les sourires sont enfin de retour ! Après deux hivers plombés par le Covid, qui ont vu les finances des stations françaises fondre de près de 6 milliards d'euros, l'arrivée massive des touristes ravit les montagnards. Et notamment dans les stations très prisées par les Anglais qui peuvent représenter jusqu'à 40% des visiteurs dans la Tarentaise comme à Val-d'Isère ou à Méribel.
"La France est la première destination 'montagne' des Britanniques. Selon les années, ils peuvent représenter entre 4,5 et 5 millions de journées de ski", indique le bureau d'Atout France à Londres. "Les Anglais, qui sont de 500 000 à un million chaque hiver à se ruer sur les pistes, représentent un tiers des touristes étrangers dans nos stations", ajoute Céline Guillermin, en charge du marché britannique au sein de l'Agence Savoie Mont Blanc. Une clientèle au fort pouvoir d'achat. Selon une étude réalisée en 2018 (Columbus Direct), le budget d'une famille de quatre personnes flirterait avec les 6000 euros la semaine !
Dès lors, quand les autorités françaises ont levé les restrictions de déplacement entre la France et le Royaume-Uni le 14 janvier dernier, les skieurs se sont précipités sur les sites des tour-opérateurs. Chez un important acteur anglais du secteur, les deux avions hebdomadaires au départ de Londres vers Chambéry se sont remplis en quelques jours. Même chose sur le rail. "L'effet a été immédiat, reconnaît Guillaume de Marcillac, le PDG de Travelfactory, une filiale de la Compagnie des Alpes. Notre premier Travelski Express, un TGV sans couchettes reliant Londres à Bourg-Saint-Maurice, est parti le vendredi 28 janvier au soir avec 700 personnes à bord. C'était complet".
Une offre sur mesure
Le train, qui repart en sens inverse dès le samedi matin, a été réduit de 150 places par rapport à un Eurostar classique pour accueillir les bagages volumineux. Il roulera chaque week-end jusqu'à mi-avril, remettant sur rails un service lancé en 1997 mais abandonné par le groupe franco-britannique juste avant le Covid. "Jamais Eurostar n'avait confié un de ses trains à un tiers. C'est un vrai partenariat. On affrète les voitures, on s'appuie sur leurs équipages et on commercialise nos packages all inclusive", détaille Guillaume de Marcillac, qui devrait finir cette saison avec un taux d'occupation "entre 80 et 100%" selon les week-ends.
Une fois arrivés, les clients du Travelski Express (qui règlent de 600 à 1200 euros par personne la semaine selon les stations et les dates), ne s'occupent plus de rien. Transfert en bus, hébergement, repas, location de ski et forfaits... Tout est compris. Une formule qui permet à ce genre de tour-opérateur de réaliser une marge d'environ 20% et qui colle aux traditions anglaises. En effet, depuis leurs premiers pas sur les pistes françaises au siècle dernier, les Britanniques ont longtemps été biberonnés au "catered chalet", un concept comprenant les services d'un employé de maison chargé de préparer à manger ou de faire le ménage. Salariés sous droit britannique, très peu rémunérés mais eux aussi hébergés, ces "chalet girl - chalet boy", pouvaient servir avant le Covid "jusqu'à 40% des séjours anglais", selon l'Agence Savoie Mont-Blanc. Le Brexit et la pandémie vont à coup sûr changer ces habitudes.
