Comment relancer la Société Générale ? C'est la question sur laquelle planchent Frédéric Oudéa et sa garde rapprochée depuis des mois. Fortement pénalisée par la crise, la banque de la Défense a entamé fin 2020 une vaste revue stratégique et lancé des discussions autour de la fusion de son réseau d'agences avec celui de sa filiale, Crédit du Nord. Les travaux ont bien avancé et la direction vient de présenter ce mardi aux syndicats le détail du chantier qui suscite de nombreuses inquiétudes en interne.
Le rapprochement des deux marques doit déboucher d'ici 2025 sur la suppression d'un peu plus de 600 agences sur les 2 100 que comptent les deux réseaux. Société Générale compte environ 1 600 agences tandis que sa filiale Crédit du Nord en compte, elle, près de 600... Cette fusion devrait également déboucher sur la suppression nette de 3 700 emplois, selon la banque, qui a enregistré des pertes records en 2020. "On va presque supprimer en un plan autant de postes que sur les dix dernières années", s'inquiète Johanna Delestre, déléguée syndicale à la CFDT Société Générale.
Quelle transformation ?
Avec ce projet, Frédéric Oudéa et Sébastien Proto, qui pilote directement la fusion en tant que directeur général adjoint en charge des réseaux, veulent transformer la banque. Et la préparer pour 2025. "Le groupe anticipe l'évolution de l'environnement et des comportements des clients, et prend un temps d'avance sur des tendances de fond", a expliqué Sébastien Proto lors d'une conférence de presse. Un environnement qui sera évidemment beaucoup plus numérique.
Mais est-ce suffisant ? Car si le projet de fusion va permettre à l'établissement français de faire des économies - de l'ordre de 450 millions d'euros par an - pas sûr qu'il suffise à régler tous ses problèmes. Loin de là. Outre la difficulté de mener à bien un projet avec des résistances en interne et des systèmes informatiques très différents, les défis des banques sont immenses en termes de formation des salariés et d'expérience clients. Sans compter le flou autour de la stratégie numérique. "C'est bien de parler de numérique, mais il faut savoir comment cela va se traduire. On ne va pas gérer tout le monde à distance", s'interroge Johanna Delestre, déléguée syndicale à la CFDT Société Générale.
Un tel projet risque aussi d'empêcher la banque, dont le cours de Bourse s'est bien redressé en 2021 (+65%), de se mobiliser sur d'autres chantiers prioritaires comme la création de nouveaux produits dont la gamme a déjà été en grande partie renouvelée. "Ils vont être pris par le sujet pendant 18 mois, c'est énorme", explique un consultant. "Il va se passer beaucoup de choses d'ici 2025." D'autres considèrent toutefois que la banque, à l'image d'un grand nombre d'acteurs du secteur, n'a pas le choix. "Les banques doivent absolument se transformer sinon elles sont condamnées", explique Thomas Rocafull, associé chez Sia Partners. Un message qui a le mérite d'être simple.
