Les Etats-Unis ont créé leur "Sécurité sociale" en 1935, quand la Sécu à la française date de 1945. La première, l'américaine donc, est d'ambition et de périmètre plus restreints. Elle n'en compose pas moins, encore aujourd'hui, le système de base des retraites. Les Américains y sont très attachés, mais les projections sont sombres. Dans un ouvrage technique approfondi, R. Douglas Arnold, professeur de science politique à Princeton, rappelle que le programme a longtemps bénéficié d'un soutien bipartisan.
Pendant sa période d'expansion, avec plusieurs augmentations des prestations, républicains et démocrates s'affrontaient pour, tous, faire davantage. Cependant, depuis 1983 - date d'un tournant jugé majeur - les corrections portent sur la diminution des pensions et sur les modifications de ce régime par répartition. Capitalisation et privatisation sont devenues, d'ailleurs des deux côtés du spectre politique, les termes qui façonnent des débats renouvelés. Ceux-ci engagent moins qu'auparavant les parlementaires, et davantage les experts et les idéologues qui échangent sur les vertus et défauts respectifs de la responsabilité individuelle et des mécanismes d'assurance sociale.
Deux voies différentes pavent les discussions et les intentions : des changements paramétriques et des propositions de refonte radicale. Dans tous les cas se profile une perspective de faillite à l'horizon 2034, avec des réserves alors à sec.
On ne réforme que dans la perspective des crises
Les variables techniques du sujet sont, grosso modo, les mêmes qu'en France : règles d'indexation des pensions, absorption des générations du baby-boom, taux d'emploi, niveau des cotisations, répartition des efforts entre salariés et employeur, etc. Dans une configuration états-unienne de haute polarisation, une large révision largement acceptée est très peu probable. L'attentisme pourrait prévaloir jusqu'à l'insolvabilité du système en 2034. Outre-Atlantique, au sujet des retraites, la procrastination affecte des responsables politiques qui ne savent auxquels de leurs électeurs ils doivent le moins déplaire : les actifs, qui paient, ou les retraités, qui votent. En vue d'ensemble, il semble que le système glisse lentement vers une crise majeure.
Cette lecture souligne, peut-être tristement, que l'on ne réforme que dans la perspective des crises, voire uniquement au coeur des crises. L'observation vaut probablement pour bien des contextes. Dans l'univers français, il convient cependant de noter que les retraites, en réalité, passent depuis quarante ans leur temps à être réformées.
Fixing Social Security : The Politics of Reform in a Polarized Age, par R. Douglas Arnold.
Princeton University Press, 328 p., 29,90 ¤.
La note de L'Express : 3/5
